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"Being sure of yourself means you're a fool" J. Holzer

Disques & Livres des douze derniers mois – Janvier / Décembre 2012 (Playlist)

C’est maintenant au delà de la mode, c’est une folie des magazines de faire des listes de fin d’année, comme on en fait au père noël – j’espère que certains d’entre vous en ont encore dans les poches pour m’offrir des disques.

Comme depuis deux ans, mais en une fois, je vous livre dans un désordre assumé disques – et nouveauté, livres – qui m’ont inspiré, transcendé, émerveillé cette année, claques musicales, instants de bonheur et de paix dans les méninges (comme paix dans les ménages, eh, vous avez noté?).

Y’en a pour tous les goûts – surtout les miens – rock, pop, folk…vous noterez une nette avancée des musiques électroniques et l’apparition de la musique classique, un retour aux chansons françaises et un attrait spécial pour les voix féminines. Peu de surprises pour les férus "d’indie", comme on dit – comme in’dit.

Des idées pour l’année prochaine?

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*****DISQUES*****

Dan Deacon – America

Lotus Plaza – Spooky Action at a Distance

** Burial – Kindred EP ** + discographie – ARTISTE DU SIECLE

* Burial - Truant/Rough Sleeper *

Crystal Castles – I, II et III

* Washed Out – Within and Without *

* Chromatics – Kill for love *

Animal Collective – Centipede HZ + discographie

* Cat Power – Sun *

Gold Panda – Mountain/Financial District

Django Django – Django Django

Grizzly Bear – Shields

* Beach House – Bloom, Beach House *

Julianna Barwick – Florine EP, The Magic Place

Likkle Li – Youth novels

Memoryhouse – The Slideshow effect

Of Montreal – The Past is a grotesque animal (song)

* Memoryhouse – The Years EP *

Air – Pocket Symphony

Drums (the) – the Drums, Portamento

Soap & Skin – Narrow

** Alt-J – An Awesome Wave **

St Vincent – Strange Mercy

Todd Rundgren – Something Anything

Ducktails – III: Arcade Dynamics

Beth Gibbons – Out of Season

Breton – EP

* Raveonettes (The) – discographie, dont Whip it on, Pretty in Black & Observator *

Flying Lotus – Until the Quiet Comes

* Ladylike Lily – Get your soul washed *

The Knife – Silence shout

* François & the Atlas Moutains – E Volo Love *

Daniel Darc – La taille de mon âme

Alex Beaupain – Pourquoi battait mon coeur

Mélanie Pain – Mélanie Pain

Coeur de Pirate – Blonde (oui!)

Coralie Clément – Salle des pas perdus

Stinky Toys & Taxi Girl

Emilie Simon – Végétal

Various Artists – Tombés pour Daho

Caetano Veloso – Tropicàlia

Rodrigo Leão – discografia

Pedro Osorio – Cantos da Babilonia

Igor Stravinski

Arvo Part – Tabula Rasa

Philip Glass – perfomed by Kronos Quartet

Bach – suites

Chopin – nocturnes

Mozart – requiem

Cimarosa – requiem

*** et toujours, ces albums étoilés une autre fois ***

Thurston Moore – Demolished Thoughts

Sonic Youth – Washing Machine, Dirty, NYC ghosts & flowers

Kurt Vile – discographie, dont "The Creature EP"

Jay Reatard – Singles 08 & 09

Blur – discographie COMPLETE

Syd Matters – discographie, dont BrotherOcean

Warpaint – The Fool & Exquisite Corpse EP

Panda Bear – Tomboy, Person Pitch

Miossec – Boire, Baiser, Brûle, à Prendre, 1964, Finistériens

King Crimson – In the Court of the Crimson King

JOHN LENNON – DISCOGRAPHIE – the Wedding Album inclu

Ps: si vous voulez une liste avec tous (ou presque) les albums du monde notés cette année par tous (ou presque) les magazines online du monde, voici un lien plutôt intéressant: http://www.albumoftheyear.org/ratings/overall/2012/

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*****LIVRES*****

Paul Auster – L’invention de la solitude, Mr Vertigo, Trilogie NewYorkaise (Cité de Verre, Revenants & La Chambre Dérobée), Invisible, Le Diable par le Queue et Pourquoi écrire? (c’est tout je pense…)

Paolo Giordano – La solitude des nombres premiers

Fernando Pessoa – Lisbonne

José Saramago – Le Voyage de l’éléphant

Barbara Constantine – Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom

Douglas Copland – Génération X

Pete Dexter – Spooner

Frank Conroy – Corps et âme

Richard Lange – Dead Boys

Michael Cunningham – La Maison du bout du monde

Maylis de Kerangal – La Naissance d’un pont

Philip Norman – John Lennon, une vie

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Interview sur France Ô: "Destination Glisse: Portugal"

Retrouvez ici l’émission "Destination Glisse", diffusée sur France Ô le 05.08.12, dans laquelle je reviens sur Queima das Fitas, ses traditions et la vie à Coimbra.

Le Portugal – Programmes – France Ô.

(cliquez pour ouvrir la vidéo)

Palco RUC – Pour l’amour de l’art // Queima das Fitas 2012

Une semaine après le début des festivités, les étudiants continuent de faire la fête tous les soirs sur des musiques de plus en plus légères, jusqu’au vendredi où des "stars" portugaises s’associent dans un All Star Band. Tous les soirs, et parfois le jour, comme jeudi, où un barbecue géant est organisé à Figuera da Foz, la cité balnéaire la plus proche.

Pendant ce temps, profitons du répit en ville pour revenir avec Mariana Roque, coordinatrice de "Palco" (scène) RUC (Radio Universidade de Coimbra*), sur l’organisation de cette scène alternative dans Queima das Fitas.

"26 années de radio libre".

La Radio Universidade de Coimbra (RUC) a été créée dans les années 40, comme terrain d’expérimentation radiophonique de l’université. Diffusant quelques programmes par semaine sur les chaînes nationales, c’est en 1986 qu’elle prend véritablement son envol, en obtenant une licence de diffusion sur les ondes FM. Dès lors, elle émet des programmes indépendants 24h/24, tout en gardant un rôle de formation pour journalistes, techniciens et programmateurs/animateurs de radio.


Entièrement gérée par des étudiants, elle est par définition d’abord à leur service, ce qui ne signifie pour autant amateurisme. En effet, l’université de Coimbra compte plus de 25 000 étudiants, et les associations ont un statut plus important que des simples organisations étudiantes.

Pour preuve, l’équipe académique de football participe au championnat Ligua Um, l’équivalent de notre Ligue 1 professionnelle – la radio est par ailleurs la seule à retransmettre les matchs de cette équipe. La qualité de ses programmes musicaux et d’information fait de la RUC un média reconnu. De nombreuses personnalités sont interviewées tous les jours : artistes internationaux, hommes politiques nationaux, responsables universitaires locaux…

Mais la radio est également un acteur important de la vie culturelle locale. Outre ses DJs qui interviennent dans nombre d’événements, elle coordinne chaque année des dizaines de concerts, dont la programmation de la scène qui porte son nom à Queima das Fitas. Retour sur cette expérience avec Mariana Roque.

Une programmation "différente".

Qu’avez-vous pensé de Palco RUC cette année?
"On dirait que tout s’est sont mal passé jusqu’à ce que les choses arrivent enfin. On a eu beaucoup de difficultés pour programmer la scène. Il y a beaucoup de festivals aujourd’hui au Portugal, on a dû faire avec la disponibilité des groupes. Et faire attention à notre budget, donné par le comité de Queima das Fitas, pour les transports, l’hébergement et les cachets des artistes. On s’occupe juste de la programmation, pas de la location de la scène (…) mais cette année c’était très difficile. On a dû négocier avec les groupes, et certains ont annulé une ou deux semaines avant."

"On s’est battus pour une bonne programmation, assez différentes de l’année dernière, qui était plus éléctronique. Et on a plutôt réussi."

Vous avez quand même réussi à faire des "nuits à thème"?
"Oui, sur la même idée que l’année dernière. Le premier jour est toujours le "rock day", ensuite hip hop le samedi. Le dimanche, jour du "cortejo", il n’y a pas besoin d’un thème parce que les gens viennent surtout pour faire la fête. On doit aussi faire avec les autres espaces de la "Praça do Canção". On essaie, pas d’être en compétition avec eux, mais d’être différents. Ca vient aussi de la musique aujourd’hui, pas seulement pop, rock ou électro, mais un mix de plusieurs choses."

Comment faites-vous pour vous inclure à la programmation de Queima das Fitas en étant "différents"?
"C’est un sentiment partagé. Parfois ils sont un peu fous. Cette scène est juste un stress de plus pour eux, mais en fait cette année, on a eu beaucoup de chances, ils ont été très aidants. En fait, Radio Universidade de Coimbra à cette image de "nous sommes différents", mais le jour de Joker, des gens du comité sont venus et ont vraiment apprécié."

Quel est le but pour la radio d’être présent?
"Palco RUC a commencé il ya longtemps, s’est arrêté pendant cinq ans pour reprendre en 2010. Ce n’est pas seulement pour projeter notre image, mais aussi une façon de montrer qu’on est pas juste un studio. On fait aussi la retransmission du festival en direct, mais c’est une façon de proposer quelque d’alternatif aux personnes qui ne se retrouvent pas dans Queima das Fitas. On donne aux gens qui ne viendrait pas pour la scène principale une raison de venir à Queima das Fitas."

La radio émet en effet toute la semaine depuis le festival, depuis un studio mobile situé juste à côté de la grande scène. Outre une animation et une programmation musicale assurée par l’équipe de Programmation, se succèdent des flashs et interviews du service Information. Une façon de s’inclure dans l’événement sans être seulement "différent", mais de montrer l’implication auprès de la vie étudiante.

Sur scène comme dans la fosse, des retours.

Est-ce que vous êtes contents du public?
"Oui, vraiment, ça a marché. J’ai beaucoup travaillé, de 2 heures de l’après-midi à 6 heures du matin, mais j’ai toujours vu du monde. Des gens de Lisbonne et Porto sont venus, juste pour notre scène. Et c’est vraiment une bonne récompense."

Un bon retour des artistes aussi?
"Oui, c’est une des premières fois qu’on a un retour des artistes. Ils ont beaucoup aimé, notre hospitalité surtout. Souvent on a une image des artistes, pas vraiment sympas en tant que personnes, mais cette fois ils étaient supers, certains sont restés jusqu’au bout pour faire la fête."

Qu’est-ce que vous leur donnez comme argument pour venir à Palco RUC?
"En fait, le festival n’est pas commercial, c’est un festival étudiant, on ne gagne pas d’argent, l’idée est surtout d’organiser une grande fête. On dit aussi qu’on est une scène alternative, et on se réfère à nos anciennes programmations, qui pour moi sont superbes. J’irais à Lisbonne, Porto ou Guimarães pour voir ça. On a eu Scuba, le patron de Hotflush Recordings, on a eu Star Slinger, que personne ne connaissait et qui maintenant jouent à Sonar [ndr: festival de musiques électroniques à Barcelone]."

Quel est votre prochain but? Proposer une scène sur le festival de rentrée (Festa das Latas)?
"Non, parce qu’il faut beaucoup de monde pour travailler sur la scène, et c’est difficile de faire la transmission en même temps.
Pour moi, c’était probablement ma dernière scène, c’était beaucoup de travail, et il faut donner une chance à d’autres d’apprendre, on est avant tout une école de radio, on doit enseigner tout ça. Et la scène est vraiment un bon moyen pour s’intégrer et apprendre."

Une vision de l’art "différente"?

La radio est un terrain d’apprentissage dans divers domaine, du journalisme aux techniques de la scène. Ou le Video-Jamming par exemple. Dans la régie technique, Irina Sales Grade assure chaque soir une partie du spectacle: "cette année, je me suis aussi occupé de programmer les lumières pour chaque spectacle. C’est très difficile de travailler avec un autre technicien qui ne connait pas les vidéos".

La vidéo, elle est tombée dedans il y a 7 ans. A l’époque "on avait un seul ordinateur, pas portable. Il y avait un seul rétroprojecteur pour l’université d’architecture [ndr: où elle étudiait], et on filmait parfois directement sur l’écran du téléviseur". Depuis, les technologies ont bien évolé, notamment YouTube: "avant il fallait se procurer les dvds auprès de nos amis, les copier c’était difficile". Avant la création, YouTube a ouvert un champ infini d’inspiration.

Pour les concerts de Palco RUC, elle a compilé et mis en boucle 100 GB de vidéos, chaque univers adapté aux groupes: "c’est un peu plus difficile pour moi de travailler sur du hip-hop (rires). J’essaie d’assurer une cohérence sur chaque nuit, et une cohérence sur l’ensemble des nuits".

Un travail principalement basé sur le corps humain, quand les autres VJ compilent surtout des images abstraites, plus facile à travailler: "Je suis allé sur les autres scènes pour voir, ce n’est pas mon style c’est sûr, mais ils ne considèrent pas la vidéo de toutes façons. Les enceintes sont devant les écrans, les images se répètent énormément".

Lors de réunions nationales entre VJs, les discussions tournent autour du mapping, technique consistant à adapter la vidéo à un support en 3D. Irina préfère pour le moment leur laisser les réflexions sur la forme et se concentrer sur le fond: "je pense prendre une nouvelle direction, aborder les choses différemment ces prochains mois. J’ai encore tant à explorer."

A la vue des dernières jours de concerts, on a tendance à être d’accord avec Irina. Le glorieux DJ Steve Aoki est en très grande forme jeudi, surtout pour sauter en arythmie sans toucher à ses platines – qui pourtant semblent fonctionner. Le set vidéo est très pauvre, et non synchronisé sur la musique. Ce qui ne l’empêche d’être le héros d’une soirée sponsorisée par la radio nationale MegaHits. Et de rassembler le public le plus nombreux de la semaine – la place est pleine mais continue à se remplir.

"Il y a encore tant à explorer", ça pourrait être le prochain slogan de Radio Universidade de Coimbra, qui continue d’ouvrir ses oreilles aux expérimentations: en radio, en musique, en vidéo, en images (…)

Sans tomber dans l’opposition cliché mainstream/alternatif =mauvais goût/bon goût, est-ce l’argent – ou l’alcool – qui empêche d’être exigeant, ou est-ce juste un manque de curiosité? Nous avons chacun la réponse en nous, comme disait Socrates.

*Pour clarifier tout conflit d’intérêt, je signale ici avoir participé au travail de la radio il y a quelques mois. Cependant, comme je l’ai prévenu auparavant, en termes de culture, l’objectivité n’est pas de mise, et à un certain point, l’amour pour "l’Art" l’emporte.

Sensible Soccers – Commentaire sportif @ Queima das Fitas 2012 // Palco RUC

Un parfum de fin de fête ce lundi soir à Coimbra. La pluie tombe drue depuis le début de la journée, et on parle d’annuler les concerts de Paus et Wraygunn sur la grande scène, battue par le vent. Pendant que le comité se réunie à huit-clos pour décider du sort de la soirée, je me dirige une nouvelle fois vers la scène de Radio Universidade de Coimbra.

Elle accueille sur son terrain boueux Sensible Soccers, groupe originaire de Coimbra. Leur nom est un hommage à un jeu vidéo de football en 2D. Ils ont sorti cette année deux EP, et enchaîné les concerts dans de plus en plus belles salles au Portugal et en Espagne.

C’est abrité dans leur loge que je rencontre Emanuel Botelho, guitariste et fondateur du groupe avec Hugo Alfredo Gomes. Il officie également à titre personnel dans Wools et Nihilst Assault Group, et avec le dit Hugo dans Os Yeah!. Ils sont enfin les créateurs du label local Musica Pop Desempregada (MPD).

L’occasion d’en savoir plus sur le parcours du groupe, le travail de création, les concerts, et des histoires de labels

 

Vers la Ligue Professionnelle – Ligua Um?

Photo @Sensible Soccers

Alors, Sensible Soccers, ça devient quelque chose?
"Oui, pour la première fois, quand les gens me demandent si je suis au chômage, je me pose la question. Je n’ai pas de "patron", mais je m’aperçois que ça ressemble de plus en plus à un travail. Ca prend du temps, et il faut faire des choix.
Et aussi, c’est comme ce travail idéal que tu cherches depuis toujours, et voilà, ça y est, tu as trouvé ta place."

C’est un travail quotidien?
"Non, on travaille différement des autres groupes, parce qu’on a pas d’emploi du temps de répétitions. On répète dans la maison d’Hugo, dans le nord du pays. On regarde nos agendas, et on essaie de trouver cinq ou six ou sept jours d’affilé où on peut travailler. C’est assez intensif, on finit par se retrouver ensemble une semaine. On vit un peu comme une communauté. On n’y songe pas vraiment, mais ça change des choses dans notre processus de travail. Peut-être qu’on fait quelque chose de très mauvais, ou alors très bon."

Est-ce que vous avez l’impression de devenir "professionnels"?
"Quand on prépare nos agendas, on fait des sacrifices par rapport à d’autres choses. On fait ça le "bien commun" [ndr: du groupe], mais ça ne nous rend pas professionnels, on a pas d’emploi du temps fixe. Ce qui est professionnel, c’est ce temps qu’on y passe. Et aussi, le fait qu’on gagne de l’argent maintenant. On n’a pas de salaire fixe, mais ça paie au moins ce qu’on y investit."

"Je ne sais pas si on pourra continuer ce rythme longtemps, peut-être qu’on se lassera de ça, comme on s’est lassés d’un rythme "normal". A un moment on répétait dans une sorte d’ancien centre commercial à Porto récupéré par des artistes, on en a eu marre.
Peut-être qu’on changera, que ça changera le façon dont notre musique sonne. La façon dont on travaille a vraiment un impact sur notre musique."

A l’entraînement, un jeu collectif.

Comment vous abordez la création?
"Ca a changé, depuis le peu de temps que nous sommes ensemble. On a commencé a partager des démos avec Hugo il y a à peine deux ans. Ca a changé parce que d’autres personnes ont aimé le groupe."

"On jamme beaucoup, des choses émergent, on improvise, et on utilise nos erreurs. On faisait ça au début, maintenant le travail est presque entièrement basé sur cette façon de faire. Souvent, l’un de nous trouve une mélodie, en fait une boucle, et on dessine le reste là-dessus."

Le travail sur le son est-il aussi un travail sur les erreurs? Vous arrive-t-il de vous perdre dans les effets que vous utilisez?
"Non, ce n’est quelque chose qui n’arrive plus, on a fait ça avant, maintenant dès qu’on obtient quelque chose, mentalement ou littéralément, on écrit les paramètres."

Vous avez l’impression de devenir "professionnels" comme musiciens, à ce niveau?
"C’est plutôt devenir meilleur dans quelque chose qu’on aime vraiment. On n’est pas si grands que ça, ça ne sert à rien de présenter les choses plus grandes qu’elles ne le sont. Ce n’est pas injuste de dire qu’entre nous, seulement Filip est vraiment musicien. Nous autres, on a beaucoup de travail à faire dans ce domaine. Tant qu’on continue à écrire et avancer, même si c’est on est plutôt lents, surtout pour l’enregistrement."

Vous faites tout par vous-mêmes?
"Non, on travaille avec João Moreira, qui a commencé avec le mastering du notre premier EP, et s’est ensuite occupé des concerts. Aujourd’hui, il s’occupe de la production du prochain EP, et il fera le mastering également donc il est plutôt important pour le groupe."

Donc vous n’êtes jamais seuls quand vous répétez?
"A vrai dire, il y a toujours beaucoup de personnes. Nos amis viennent presque tous les soirs, mettre de la musique, jouer à des jeux de foot. La maison est souvent pleine, pendant qu’on travaille dans une autre partie de la maison. C’est assez stimulant en fait, et vraiment différent de ce à quoi je m’attendais."

Ca ressemble aux groupes des 60′s, qui squattaient une maison en communauté pour enregistrer leurs disques?
"Je sais. Je n’ai jamais trop réfléchi à la question, mais d’une façon différente parce que nous sommes dans un autre temps, je dirai qu’on partage certaines de leurs valeurs. Peut-être que ce sont les temps qui veulent ça."

 

Bilan d’une première saison de championnat.

Comment ça s’est passé pour les concerts?
"On a fêté notre premier anniversaire le 24 avril, c’était bien parce qu’on jouait ce soir-là. Dans la voiture, on a compté: 22 concerts, et pour notre dimension, encore bien petite, c’est super. On a été à Casa da Musica à Porto, à Lisbonne, en Espagne à Bracelone et Madrid; on a été à la TV, tout ça en moins d’un an. On a eu beaucoup de chance, et on est vraiment reconnaissants pour ça."

C’est de la chance, ou parce que vous rencontrez des gens?
"Premièrement on a créé la musique. Tout ça est arrivé parce que des amis aiment ce qu’on fait. C’est justement le point, ils aiment ce qu’on fait. S’ils n’aimaient pas, ca seraient toujours nos amis, mais ils ne nous inviteraient pas à jouer. On en est très reconnaissants de leur donner envie de faire des choses avec nous (rires). Ca sonne étrange: "de la musique qui donne envie aux gens de faire des choses avec nous"."

"C’est aussi le monde dans lequel on vit: nos amis sont musiciens, ou travaillent dans l’"industrie", comme tous les musiciens finalement. On aime cette façon de voir, on travaille dans l’autre sens avec eux dès qu’on peut, un peu pour cette "plus grande cause", changer la façon dont l’industrie marche. C’est comme ça qu’on aime voir les choses, si la musique ne plaisait pas, ça ne marcherait pas."

 

La couleur du maillot.

Dans un pays avec un taux de chômage proche de 35% chez les jeunes, Emanuel et Hugo ont créé le label Musica Pop Desempregada, littéralement, "mouvement musique pop au chômage". Fondé en 2010, il a pour but de donner une visibilité aux musiciens locaux. Ses bases reposent sur un manifeste en onze points, qui précise notamment que "les artistes doivent être sans emploi", ou que seule les polices "font courier" ou "courier new" peuvent être utilisées, en hommage au champion de tennis du même nom. Un label ancré dans son temps, mais bien décidé à "faire les choses autrement".

Vous avez voulu mettre vos valeurs alternatives dans le label?
"Je ne sais pas. C’était plutôt une question pratique. c’est à cette époque qu’on a commencé à faire de la musique, il y allait avoir encore du travail pour la distribution. Il n’y a pas beaucoup de labels qui sortent de la musique amateur home-made. La raison principale pour un label de sortir est de valider la musique. Et on dit le contraire. que la musique est validée dès qu’elle est faite, et on a créé cet outil pour valider ces musiques qu’on aime."

Que devient le label aujourd’hui?
"C’est un peu lent en ce moment, parce que ça prend du temps, mais on a des idées de sorties, cinq ou six EP. On veut s’ouvrir à l’international, pas forcément être aussi ouvert qu’au début, en gardant toujours l’idée qu’on sort ce qu’on aime. Probablement que dans les prochains mois, on alternera les périodes à travailler sur Sensible Soccers et d’autres pour MPD."

 

La saison des transferts.

Vous avez changé de label pour sortir votre premier EP?
"Je chérie AM Discs (Future Reserves Label), parce qu’ils font les choses tellement bien qu’on travaille avec eux les yeux fermés. Ils ont tellement envie de faire marcher les choses, mais sont en même temps assez détendus. Et surtout, leur catalogue est superbe. Depuis que notre EP est sorti, en octobre, il n’y a pas une sortie que je n’ai pas aimée, et pas seulement moi. Il y a tellement de labels qui deviennent des "major labels", dans la façon dont ils travaillent."

C’est une bonne transition pour vous alors?
"Oui, mais on ne se voit pas comme un groupe à label. On est pas en exclusivité avec AM Discs, notre LP sortira en 2013 sur un autre label, peut-être qu’AM Discs fera un co-production sur une autre sortie. On s’assure de ne pas appartenir à un seul label, on est connecté avec plein de gens avec qui on a envie de travailler. La seule conditon est qu’ils comprennent que toute sortie commerciale sera toujours légalement téléchargeable gratuitement."

"La plupart ne posent même pas la question, ils sont les premiers à partager la musique avec leurs amis. Ils disent: "Pourquoi pas? On sortira votre disque de toutes façons". C’est peut-être la loi universel, les gens avec des idées semblables font des choses ensemble. On partage des valeurs avec tous ces gens."

Pour le moment, vous venez d’enregistrer un nouvel EP?
"C’était prévu pour juin, et finalement ça sera plutôt en décembre. L’autre label sur lequel il sortira a un catalogue précis de sorties. Donc on trouvera probablement d’autres morceaux pour ça cet été, et on pense déjà à un autre format, pas forcément sous forme de EP. On va aussi enregistrer d’autres choses qui datent du temps où nous étions un trio, six ou sept chansons, qu’on va jouer live sûrement, qui sont seulement sous forme de démos. Mais tout ça peut changer (rires)."

 

Ce soir, match à domicile.

La pluie semble se calmer, et les concerts démarrent sur la grande scène avec Paus. Constitué d’un duo de batteurs, d’une bassiste énergique et d’un clavier, ils déploient une énergie folle à convaincre les quelques spectateurs qui se sont déplacés. Cinq chansons à toute vitesse, il faudra y jeter une oreille plus attentive, et je file ne louper aucune miette de Sensible Soccers.

Leur set brasse les 4 titres de leur EP éponyme et de leur seconde sortie, "Fornelo Tapes" avec des inédits, captant un public réduit mais fidèle. Pendant que deux électroniciens s’acharnent sur leurs machines au centre, deux autres alternent basse et guitares, souvent penchés sur leur tapis de pédales d’effets. Le pic est atteint sur leur hit "Missé-Missé", sur lequel l’un d’eux utilise un archet de violoncelle. On pourrait crier à la redite si les effets utilisés ne démontraient pas une maîtrise parfaite des sons modernes.

Il y a des groupes qui parlent spécialement à une certaine, et personnellement à  un moment de votre vie. Celui-ci en est un.

Un passage par Wraygunn, très rock, et pour le coup, très professionnel, mais la magie ne remonte pas. Trempé, il est temps d’aller se coucher, même en ayant loupé le très bon Joker, et un premier DJ set d’Afonso Macedo et André Téjo ensemble. Tout le monde s’accorde pour dire que cette nuit était la dernière, mais sûrement une des meilleures. Les organisateurs louent la bonne étoile qui a programmé Joker ce soir-là: malgré la pluie, de nombreux aficionados ont le déplacement tout spécialement, ce qui compense la fuite des étudiants.

Les premières heures de la semaine @ Palco RUC // Queima das Fitas 2012

Après 24h de "festa" non-stop, autant dire qu’on s’attend à une chute de la fréquentation des scènes. Il n’en est rien, cette nuit sera encore plus longue que les autres.

On a quitté les étudiants endormis sur les berges du fleuve, pour aller dormir un peu également, et manger "Bacalhau Abras", la fameuse morue portugaise, cuisinée avec des oignons, des oeufs et des chips en allumettes. Un vrai régal. On sort pour prendre un café et quelques bières dans un des cafés typiques de la ville. Avant de redescendre tester l’atmosphère de fin de week-end…

Comme une chanson populaire …

Les étudiants attendent avec impatience un certain Quim Barreiros. Ce chanteur populaire portugais, célèbre pour sa moustache et son accordéon, célèbre dans ses paroles la frivolité et une vision plutôt légère de la vie, ce qui délecte les étudiants bourrés. Tous dansent et chantent par coeur, même certains étudiants étrangers venus se confronter à la réalité de la réputation.
On les laisse sur la grande scène pour ne pas manquer une miette du show de Throes + The Shine, qui s’annonce fou furieux.

Throes + The Shine (Lisbonne, Porto, PT et Angola)

A peine le temps de commander une bière que Throes, trio rock, monte sur scène. Le bassiste pourrait être de n’importe quel groupe psychédélique avec sa moustache, ses cheveux longs et ses pantalons serrés. Le guitariste semble être allemand, avec son style soigné, barbe et ses cheveux blonds parfaitement taillés. Mais le batteur coupe court à toute imagination en lassant d’emblée la conversation avec sa batterie. Le praticable sous lui tremble en rythme, quel rythme. On entend les premières paroles, et les deux fauves de The Shine entrent en sautant sur la scène. Toutes guitares dehors, notre ami les rejoint dans leur danse, ce qui enlève tout doute quand à sa possible froideur germanique. Les deux chanteurs, originaires d’Angola, rappent comme ils dansent: dans tous les sens. Et on découvre ce concept improbable: l’alliance du kuduro et du rock.

Une heure passe à la vitesse du rock, et il n’y en a qu’un pour rester impassible à la folie qui s’empare de la fosse. Avant qu’ils ne repartent faire la fête ailleurs, rencontre avec le batteur de Throes et la paire de The Shine, dont le manager se chargera de faire la traduction – avec objectivité.

D’où tirez-vous autant d’énergie?
Ensemble: "Red Bull!"
Manager: "Ils disent ça parce que c’est leur sponsort."
The Shine: "Non, c’est naturel, on tire notre énergie de la scène, du public."

C’est sur scène que vous vous êtes rencontrés d’ailleurs?
The Shine: "Oui, à un festival dans le nord, on a vu Throes sur scène, et on a tout de suite voulu faire quelque chose avec eux. La batterie et la guitare sonnait vraiment très rock, mais avec un super groove, et on a vraiment pensé que ça pouvait vraiment coller."

Throes, d’où vous tirez cette énergie, on pense souvent que les groupes de rock ne savent pas groover?
Throes: "Chaque fois que je vais sur scène, je donne tout, c’est comme ça que ça marche."

Comment vous travaillez pour la création des chansons, pour mixer vos influences?
The Shine: "Quand on a trouvé cette énergie, on a su qu’on pouvait faire quelque chose, et ensuite, ça s’est fait assez naturellement, on a fait du kuduro-rock."

Est-ce un concept pour un album seulement?
The Shine: "Ce projet n’a pas de date de péremption définie, même si on vient d’Angola, et qu’on sait qu’à un moment, on va retourner là-bas. Aussi longtemps que ça marche, on y va. Ca pourrait durer trois ans, ou dix ans. On joue beaucoup live, tant qu’on voit que les gens répondent, on continue. La première fois qu’on a joué, c’était à une heure pas facile, 6 heures de l’après-midi, et ça a très bien marché. D’ailleurs, ça a moins de sens de faire un album que de jouer live."

Pour vous c’est quelque chose de spécial de jouer a Queima das Fitas?
The Shine: "On a répété pendant deux semaines, tous les jours (rires). Non, pour nous, c’est juste un autre concert. On a tout donné, comme les autres soirs. On joue pareil pour 30 personnes ou 500. Même si les gens sont saoûls, ils ont dansé, ils ont sauté. Et on est "straight-edge" tu sais, on ne boit pas, on ne se drogue pas."

Invasion prévue en France avec un show à Bordeaux le 11 mai à l’Heretic Club. Préparez vos jambes.
Jusqu’au bout de la nuit.

Avec l’énergie – il est essentiel de souligner ce mot – de Throes + The Shine, nos jambes ont de quoi tenir pour le reste de la nuit.
Les DJs Ruc Golpe de Estado suivent avec un set world music du plus bel effet. Les guitares sautillantes et les cuivres pourraient être déplacés, mais sont mixés de telle façon qu’ils semblent appropriés. Ils préparent parfaitement le public à Lil Silva, jeune anglais qui choisit ce soir de faire un DJ set, avec les disques des autres plutôt que de mettre les siens.

La fosse est pleine quand entre João de Almeida, prêt à en découdre avec son prédécesseur. Il arbore un bandeau dans les cheveux, comme un cherokee partant pour la guerre des étoiles. Ce prodige local, ultra productif, est l’auteur de merveilleuses pépites électroniques dans ses projets Elite Athlete et The Love Making Of. Comme les autres DJ cette semaine, il anime de nombreuses émissions de la radio productrice de la scène, partageant avec d’autres la programmation des shows de musiques électroniques.

En cette matière, la scène Palco RUC réussit ce soir-là à battre sur leur terrain les "tentes David Guetta". Le public danse jusqu’à la fin de la nuit. Vers 6 heures du matin, le jour se lève en même temps que la musique s’arrête, et une chaîne de gardes s’apprête à (re)pousser les récalcitrants en dehors de la "Praça do Canção".

Il reste encore assez de la bonne humeur de Throes + the Shine pour aller prendre un petit déjeuner avant de rejoindre nos pénates. Les "pastelerias" (Pâtisseries) de Portagem ouvrent justement tout juste, six personnes attendent de pied ferme leurs clients matinaux. La fête est bien entendu une bonne affaire pour tous les commerces du centre ville, habituellement délaissés pour ceux des centres commerciaux à la périphérie.
Aucun plaisir comparable cependant avec la dégustation de ces douceurs sucrées ou salées. "Boa noite", ou "bom dia".

24 heures de fièvre du samedi soir (2/2 – Jour) @ Queima das Fitas

Après une longue nuit, la fête n’est pas terminée, car le dimanche est le théâtre d’un concentré de traditions, un peu oubliées la veille.

Quelques heures de sommeil plus tard, Queima das Fitas est là, au sens propre: le brûlage des rubans. Ils sont peu à voir le réel cérémonial, où les étudiants s’avancent vers un chaudron-pot de chambre, dans lequel se consumme leur ruban de couleur, comme signe de la fin des études. Un moment après, les rues se remplissent pour le "Cortejo" (Cortège), qui s’élance à 14h, non 15h, 16h, finalement 17h, de l’Université, nîchée sur la colline qui surplombe la ville.


Moment fort et symbolique de Queima das Fitas, le "cortejo" voit tous les (futurs) diplômés défiler sur des chars qu’ils ont décorés de papier crépon pendant l’année. Environ une centaine défilent le long de l’ancien viaduc, descendent l’avenue principale vers la ville basse, avant de longer la rue piétonne jusqu’à "Portagem" – l’ancienne entrée de la ville, au bord de la rivière (Rio Mondego), où se déroulent les concerts.

On rencontre Jonathan, franco-portugais dont la mère est de Coimbra. Il a choisit pendant son année Erasmus de suivre les traditions de l’Université, afin de pouvoir vêtir l’uniforme complet. "Ca va être dur de rentrer en France, ici la ville vit avec les étudiants, on sent quelque chose, il y a les parents, les grands-parents". Après l’avoir été baptisé en octobre pendant "Latada",  sa marraine lui a refermé la cape autour du cou pour la première fois lors de la "Sérénata Monumental" de jeudi dernier.

La foule, ceux d’hier soir et leurs proches, picolent en plein après-midi sous un beau soleil. L’alcool en famille n’est pas une exception culturelle française, ni les open-bars. Les chars distribuent jusqu’à épuisement des stocks nombre de beuvrages sponsors – comme dans les événements de nos meilleures écoles de commerce ou d’ingénieur. Quelques incidents surviennent: quatre ou cinq chars prennent feu, les sirênes des ambulances résonnent au gré des comas éthyliques. Mais tous savent à quoi s’attendrent, chacun semble prendre ses responsabilités, ou accepte sans broncher, car l’université est trop importante pour la ville.

Des Erasmus du premier semestre sont revenus spécialement pour cette semaine, dont tout le monde parle depuis des mois. Catarina et Sofia, toutes deux étudiantes à Lisbonne, veulent aussi voir de près ces festivités. Elles sont drapées de leurs propres capes, car à Lisbonne ou Porto, les traditions existent également, même si elles n’atteignent pas cette ampleur. La palme des costumes revient cependant aux "finalistas" (diplômés), comme ces trois jeunes filles, coiffées du haut de forme et arborant noeud papillion et cocarde de rigueur – avoir trouvé deux blondes sur trois relève d’un hasard non représentatif de la population.

A leur arrivée à "Portagem", les décorations chars sont brûlées comme les rubans. Les brebis, désormais égarées dans la vie active, se reposent au bord de la rivière. Elles dorment enveloppées dans leurs capes, pour se réveiller quand les enceintes du concert s’allument. Et c’est reparti pour un tour …
Pour d’autres, la fête ne fait que commencer, il est sept heures du soir et les camions-balais entament un autre ballet.

24 heures de fièvre du samedi soir (1/2 – Nuit) @ Queima das Fitas

Après une première soirée tranquille – on pouvait encore marcher dans les allées – le week-end s’annonçe comme le point d’orgue de la fête. Le mot est plutôt faible pour décrire la nuit et le jour passés par les étudiants.

Sabado // Samedi

En arrivant à la "Praça da Canção", il faut cette fois se frayer un chemin dans la foule de capes noires pour avoir une chance d’entendre un morceau de We Trust, groupe pop "plutôt sympa" mais un peu prévisible. Comme beaucoup, ils manquent de spontanéité "live", oublient de "jouer" de la musique pour "faire" de la musique. Néanmoins, il est bon d’entendre de la pop aussi fort.

Domingo // Dimanche

Déjà dimanche? La fête ici commence tard, impossible pour un concert de démarrer avant minuit, surtout s’il y a un match de football en début de soirée. Il faut ensuite un café et une première bière avant toute autre décision.
La place estt pleine quand les Hives sont arrivés, leur nom en lettres capitales sur la scène – au cas où quelqu’un aurait oublié qu’ils sont le groupe le plus attendu du week-end. Ils jouent vite et fort des tubes efficaces, pas une seconde pour s’ennuyer.
Ils finissent vers 3h du matin pour laisser leur place aux tunas de la faculté de droit, qui ont du mal à faire revenir la foule qui est partie vers d’autres lieux.

Un (autre) groupe de rock joue à l’arrière d’un mini-camion, leurs têtes touchent le plafond. Ils chantent des tubes que tout le monde reprend en coeur. Pour le chanteur, c’est le moment de sa vie, de son année. Il finit d’ailleurs en slammant sur la foule, pour lui, la nuit est gagnée.

Cinq tentes plus ou moins immenses se partagent les dance-floors électro – et le gros des troupes. Il est difficile de dicerner une différence dans la programmation musicale. Les djs ont les mêmes visage et coupe de cheveux – inspiration David Guetta sûrement – et agittent la main en l’air pour faire monter la pression – qui descend dans les gosiers. On retiendra comme différence entre ces "clubs" le nom des marques qui les sponsorisent.

Du côté de la scène Palco RUC, le hip-hop a pris ses quartiers . Un public fidèle se masse pour se balancer sur le flow de DEAU – du quartier Gaia de Porto – et reste pour DJ RASHAD & DJ SPINN - from Chicago please – grâce à une bonne transitions des DJs RUC de ce soir: Rui Oliveira et Carlos Braz.

Contrairement à la veille, la foule est compacte, de la scène jusqu’au bar.

En partant, il y a encore foule – justement – un peu partout, d’abord dans les tentes, où il fait beaucoup plus chaud que dehors, mais à cette heure de toutes façons, ceux qui ont froid sont partis se coucher.

Le rock comme médecine – Equations + Mars Red Sky @ Queima das Fitas / Palco RUC

Après une première soirée sommes toutes assez courte – pas pour tout le monde – commençe ce vendredi "Queima das Fitas", au sens propre du terme "festival": un champ où sont disséminés stands de nourriture, bars servant presque exclusivement de la bière, tentes à DJ sponsorisées par différentes marques, et deux scènes pour les (vrais) artistes.

Chaque jour est dédié à une faculté et sa couleur de "fitas" (rubans). C’est la Faculté de Médecine qui agite en premier ses rubans jaunes, et fait jouer ses "Tunas" sur la scène principale, en clôture de Grupo Revelação (Groupe Révélation, ça ne s’invente pas comme nom) et Fragmentos.

Sur la scène Palco RUC, le ton choisi est rock, sujet dans lequel la DJ À Viúva Escarlate entre sans riff d’intro. Elle chauffe la salle pour Equations et Mars Red Sky – et il faut de l’énergie pour chauffer une scène en extérieur.

Avant les "concerts de rock" qui suivent,  rencontre avec les artistes dans leurs loges.

Equations (O Porto, PT)

Avec un nom pareil, difficile de se tromper sur la nature de la musique d’Equations: "On joue quelque chose qu’on appelle math-rock, mais c’est un peu générique. On vient plus d’un milieu hard-core, post hard-core. On rejoint le math-rock sur le rythme, on change beaucoup dans nos chansons, parfois c’est un peu déstabilisant, il y a beaucoup de cassures." Sans s’y comparer , ils font référence à leurs pairs et leurs pères: "On aime Tera Melos, un groupe américain de Sacramento, mais on aime aussi des choses plus légères comme Animal Collective. Notre groupe est comme un challenge, maintenant on écoute plus de rock progressif des années 70, notre prochain album sera forcément différent."
Le groupe a sorti son premier album "Frozen Caravels", il y a tout juste deux mois, sur Lovers & Lollypops. Les trois premiers compères se rencontrent à Porto, et recrutent les autres membres dans les quelques groupes de cette scène particulière au Portugal, à Braga ou Lisbonne.

Accessoirement, tous touchent de près ou de près les maths ou les sciences dures. Il faut être geek pour jouer du math rock? "Oui! (rires) Pour comprendre les structures, il faut avoir une connaissance de la musique – pas forcément des notes – et un esprit un peu mathématique. Je ne veux pas sonner prétencieux. Au final, on fait juste ce qu’on aime. Il a finalement peu de groupes comme nous, au Portugal, et dans le monde. C’est une scène de passionnés."

Equations montre la créativité des scènes "niches" au Portugal, et la vivacité des réseaux alternatifs dans la diffusion de ces styles particuliers. "On a financé notre disque avec l’argent qu’on gagne dans les concerts. Les gens de notre label font ça parce qu’ils aiment, ils perdent de l’argent sur certains groupes, parfois ils mettent de leur poche. C’est une question de passion."

Pour le groupe, participer à un si gros festival est une première: "On a jamais une loge pour nous! C’est la première fois que nous dormons dans un hôtel, d’habitude, c’est plutôt le canapé de l’un ou l’autre". C’est aussi leur première date à Coimbra: "Palco RUC est une scène mythique pour nous, et bien sûr Queima das Fitas est la plus grosse fête de Coimbra".

Si leur album laisse émerger quelques touches – de claviers – électroniques, la formation live à trois guitares, basse et batterie, n’a fait aucune concession au rock, et on raconte que certains headbangaient dans le public.

Mars Red Sky (Bordeaux, FR)

Tous sont musiciens depuis des années, les membres de Mars Red Sky se sont rassemblés sur un besoin récréatif, et si les batteurs changent, la groupe a une raison d’être, et "c’est allé beaucoup plus loin qu’on l’avait imaginé". Sa création repose sur la spontanéité, et s’enrichit de ces hasards: "La guitare de Julien [chanteur-guitariste] était accordée beaucoup plus bas, pour compenser l’absence de basse, et quand je suis arrivé avec la mienne, je me suis accordé sur lui". Ce concours de circonstance donne au groupe son son, plus proche du stoner que rock.

Si on se demande comment ce groupe de Bordeaux se retrouve sur une scène ici, la réponse est simple: "On a fait des dates à Madrid, et on a rencontré quelqu’un qui nous a donné des contacts pour des concerts. On devait jouer à Lisbonne ce soir, le concert a été annulé, et on a entendu que la radio [qui accueille le concert] aimait bien ce qu’on fait". Une nouvelle fois, le "système" alternatif du bouche à oreille montre son efficacité.

Sa réputation, le groupe la tient de blogs qui s’enthousiasment pour leur album éponyme, et d’un public qui grandit à mesure qu’ils accumulent les concerts. Ils sont au milieu d’une tournée qui parcourt huit pays, avec notamment un passage au fameux festival SxSW à Austin, Texas, Etats-Unis d’Amérique. "On est vraiment étonnés, le public est fidèle, ils viennent aux concerts, sont attentifs, et parfois à la fin proposent un contact pour jouer autre part". Et ne sont pas radins comme est cencé être le public. "Ils achètent des t-shirts, on a vendu beaucoup plus de vinyles que de cds, on en a même repressé".

Pour le groupe, cette tournée est "la fin d’un cycle". "Après cela, on va aller se retrouver quelque part, dans une maison pour enregistrer un second album". "C‘est super de tourner, mais c’est très fatiguant, et pour d’autres choses, mon travail, ma copine, c’est difficile". Et pour revenir à la création: "Ca fait trois ans qu’on joue ces chansons, ce n’est pas qu’on en a marre, parce qu’on adapte les chansons, mais ça fait plusieurs fois qu’on les reprend avec un nouveau batteur". Pour la création, le groupe a sa formule: "On a enregistré le dernier dans le désert, en Espagne, on a envie de retrouver ça, s’enfermer dans une maison, faire des prises de dix-huit heures."

Sur scène, on imagine leurs "desert sessions" à eux. Avec sa guitare plus grande que lui, le guitariste joue avec sa pédale Big muff. Le jeu du nouveau batteur est précis et, comme il l’a demandé à son ingé-son, "plus gras" que le groupe précédent. Le son de basse incroyable, on retrouve le frisson ressenti à la première écoute de "Love Buzz" de Nirvana. La touche psychédélique? Des solos de guitare avec Wha-Wha. Dommage qu’on entende pas assez la voix, qui sur disque se révèle limpide et claire.

Pendant ce temps-là, à Vera Cruz…

De l’autre côté, une foule en délire applaudit un autre style*. Le "Groupe Révélation" joue en wifi – ou bluetooth, casque sur les oreilles. Faire de la musique populaire n’empêche pas d’apprécier les nouvelles technologies. Comme la veille, on eut pû verser une larme pendant la prestation du tunas TMUC, mais l’atmosphère n’est pas là.

Dans les tentes electro, des jeunes en cape s’abritent de la pluie – on ne peut leur en vouloir, la pluie mouille. Il me semblé entendre trois fois, en passant par hasard à différents moments, la même chanson d’Avicii – on ne peut leur en vouloir, les disques coûtent cher.

Pourtant les Djs Casal Boss ont dans leur malettes une tracklist bien plus intéressante, et annoncent annoncé la nuit hip-hop du samedi, avant de laisser l’électronique s’emparer de la fin de nuit pluvieuse. Ceux qui sont là n’en ont cure, ils aiment la musique ou sont joyeusement émêchés.

*Il n’a été précisé nulle part que l’objectivité est de mise dans ces articles, la musique étant avant tout, une question de goûts – et d’amour de la musique elle-même.

Queima das Fitas: une introduction aux traditions académiques (et festives) de Coimbra (Portugal)

Pendant qu’en France s’étripent pour quelques jours encore les troupes de deux derniers candidats à la présidentielle, une autre bataille se prépare à Coimbra (Portugal), où le week-end sera partagé entre un festival de traditions et un festival moderne de musique comme on en voit partout dans le monde – à plusieurs détails près.

L’une des plus anciennes en Europe, l’Université de Coimbra est le berceau de traditions tout autant ancestrales, qui perdurent malgré la mondialisation de la culture et les échanges universitaires.

La vie académique est ainsi rythmée par la "Festa das Lata" (Fêtes des Canettes) pour introduire l’année, et "Queima das Fitas" (Brûlage des Rubans) pour clore la période universitaire. Un code d’une centaine de pages définit précisément différents rites et coutumes, dont la Praxe" (bizuthage) et les conditions du port de l’uniforme – tailleur ou costume trois pièces et cape noires.

 

Au delà de ces traditions, ces fêtes sont aujourd’hui devenues de véritables festivals musicaux, réputés pour écouler autant de litres de bière qu’à Munich en octobre. Les deux principales marques de bière portugaise sont d’ailleurs les sponsors principaux des concerts.

Aux côtés des "tunas", formations étudiantes traditionelles (ci-dessus), se succèderont ce week-end gloires locales et nationales (We Trust, Paus, X-Wife, Steve Aoki, Supernada, Quim Barreiros, …), ainsi que des célébrités internationales (the Hives, Wraygunn – un natif de Coimbra, …).

Une scène alternative est dressée à l’autre bout de la "Praça da Canção" (Place de la Chanson), dont la programmation plus pointue est mise au point par Radio Universidade de Coimbra; radio étudiante donc, au rayonnement bien plus important que son nom laisse imaginer. Outre les DJs maison qui font danser dans tous les clubs ici dignes de ce nom (João de Almeida, Casal Boss, Afonso Macedo, André Tejo, Viuva Escarlate…), on y trouvera dans le désordre les rockeurs bordelais Mars Red Sky, les excellents Throes + the Shine ou les très doués Sensible Soccers. Il y aura également du hip-hop avec DEAU, l’électro de l’anglais Lil Silva ou le dubstep de Joker, from Bistol please.

En attendant, c’est la tradition qui ouvre le bal. Tout le (beau) monde étudiant s’est retrouvé hier soir pour la traditionnelle "Monumental Serenata" (Sérénade Monumentale): 10 000 personnes de capes vêtues ont écouté une heure et demie de "fado" portugais – pléonasme – au pied de "Sé Velha" (la Vieille Cathédrale).

Dans cette atmosphère de "saudade", concept intraduisible entre mélancolie, tristesse et joie, les voix – masculines – chantent l’esprit de ces jours: souvenir des moments passés, envie de profiter du présent, et espoir de jours encore meilleurs.

Un sentiment que la folie moderne saurait altérer? Réponse dans une semaine.

L’explosion-exploration rock – Bob Dylan à la Cité de la Musique

Sur les murs de la Cité de la Musique depuis quelques mois, les premières années de la carrière de Robert (Bob) Zimmerman (Dylan) s’affichent en photos, textes et films, et posent les bases, de 1961 à 1966, de tous les éléments de la culture rock telle qu’on la connait aujourd’hui dans les magazines, la mode, la culture, la vie.

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L’exposition s’ouvre sur les photos en noir et blanc de Dave Kramer, dont on (re)connait de nombreux clichés, aperçus dans chaque article retrospectif accompagnant une nouvelle date de Bob Dylan, ou qu’on retrouve en écho dans beaucoup (la plupart) des photos de groupe de rock.

Les postures, seul ou en groupe, les instruments, les vêtements – chemise blanche, veste, pantalons et boots noires – sont entrés par ces instantanés comme autant d’éléments de la rock culture, et si la paternité de leur utilisation est discutable – la récupération des (bonnes) idées dans la culture est un long débat, inspiration ou copie? – ce sont indubitablement ces images auxquelles on pense en regardant les campagnes de marque de parfums, de voiture ou de téléphone.

La pub s’est aussi tournée vers l’outil de la vidéo, et là encore, en regardant "Don’t Look Back", on ne peut s’empêcher de penser que D.A. Pennebacker créé les bases du rockumentaire, et d’un imaginaire complet: un subtil mélange de passages live - dans les plus grandes salles ou en festival -, interviews, moments volés à l’artiste.

Car ce que Dylan et d’autres font découvrir dans les années 60, ce sont les éléments d’une vie alternative, un vie rock, à la scène comme à la ville, et notamment dans la vie de couple. En ce sens, le choix des années 61 à 66 est particulièrement pertinent pour Dylan, car elles le montrent des premiers pas hésitants du jeune premier idôlatrant son icône – Woodie Guthrie – à la prétendue assurance construite sur un succès planetaire, rêvelant les faiblesses de l’homme face à son ego et sa vie personnelle. La fin est presque métaphorique, l’accident de moto qui aurait pu être fatal et offre au blessé l’occasion de se reconstruire auprès de sa famille dans la tranquilité d’une vie à la campagne.

Il refusera dans cette optique de participer à la grand messe du mouvement hippie qu’il a participé malgré lui à construire, quand les organisateurs du plus important festival choisissent la ville de sa retraite comme terrain de contestation – Woodstock. Lui qui quelques années plus tôt, le 11 Août 1963, chantait lors de la "March On Washington for Jobs and Freedom" , celle-là même où Martin Luther King prononcera son discours le plus célèbre. Rock’n'roll attitude.

Post-scriptum: en bonus de l’exposition, la Cité de la Musique présente une section sur "Bob Dylan et la France". Cette vision nombriliste – comme savent si bien le faire les français – étend sur dix panneaux les trois ou quatre moments passés par nos gloires locales avec Dylan. Certes Dylan a écrit un poème pour Françoise Hardy – sur le dos de la pochette "Another Side of Bob Dylan" – et Hugues Aufray a pu discuter avec lui de la transcription française de "Blowing in the Wind" – horrible non?, mais dans ces années-là, la France n’est rien de plus pour Dylan qu’un pays de plus dans sa longue tournée.

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