Flou artistique: La grande évasion (3/3)

Elle n’a pas payé le loyer, le propriétaire la chasse dans une semaine, quel dommage, elle commençait juste à s’installer. Elle me dit : allons à la campagne pour le week-end, un intermède, et on prend le bus. Elle mange du chocolat pour s’endormir. On met du sucre dans le thé, mais ce n’est pas du glucose. Drogues à la campagne. Toute l’Angleterre plonge dans la mer, et moi, dans la baie de Biscay, je navigue avec les vagues. Je suis sur les falaises blanches de Douvres, y repensant encore et encore, mais si je saute, c’est un rêve pour toi. J’aimerais rouler dans les trèfles, avec toi, encore et encore, et je te laisserais me pousser. Ne t’inquiètes pas, pousse moi, je ne vaux rien. Je ne vaux pas la peine. On sera de retour pour le thé, dans les embouteillages. Comme la radio dit : c’est un coup dur, mais ça ne te tuera pas, ça sera toujours avec toi et te donnera une raison de rester.

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La caravane (s’)est perdue, mais parfois toutes les choses sont simples. Prenons la voiture jusqu’à Primrose Drive, profitons de la fin du jour. Les avions sont comme des comètes au coucher du soleil. Sens le soleil sur toi, il vient d’un ordinateur. Dis moi que je ne rêve pas, on est hors du temps ? Dieu sait qu’on ne quittera jamais les nuages. Au loin, je regarde le ciel et je rêve de Bételgeuse en latin. Étrange nouvelle d’une autre étoile. La cloche du dernier train sonne, ramène-moi a la maison. Tout le monde ne voudrait pas t’entendre dire que ce sont les meilleurs jours de notre vie. D’autres se tourneraient vers nous et se moqueraient. Ne t’inquiètes pas si tu n’es pas le numéro gagnant, demain il y en aura un autre, ça pourrait être toi, ça pourrait être moi.

Je sens une lumière quand tu me dis, tout va bien, car tu es super, et je t’aime. Je ne peux pas penser car je suis idiot. Quel est le but de tout ça ? Si l’enfant en toi est mort, chante pour moi. En 1992, tu aimais mon lit, mais tu en as préféré un autre. La bataille de l’amour. Je dois surmonter ça. Où est la magie ? Je dois aller mieux. Aller vivre dans les montagnes. Je t’aimerai toujours. Appeler une ambulance. Il n’y a rien qui devrait me faire peur. Parce que je t’aime. Je suis le tueur de ton amour. Ma vie est à la télévision. Je l’éteins et je me sens seul(e). On dirait que tout s’écroule, mais je vois le bien en toi, je crois en toi. Je crois seulement en l’amour. Je pense qu’il y a tant à voir. Tendre est la nuit, à tes côtés. Tendre est le contact avec quelqu’un que tu aimes tant. Tendre est le jour, qui éloigne les démons. Dieu, j’ai besoin de trouver quelqu’un qui soigne mes blessures. Allez, traversons ça, j’attends cette sensation, ce sentiment de libération. L’amour est la plus belle des choses. Jusqu’à la fin. Tous ces sales mots, on ne les voulait pas, on a beaucoup bu, et il semble qu’on l’ait fait, jusqu’à la fin. Toi et moi. Quand les jours semblent s’évanouir, laisse-les juste aller. Jusqu’à la fin.

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Notre route est terminée

C’est terminé, tu n’as pas besoin de me le dire. J’espère que tu es avec quelqu’un qui te fais te sentir bien quand tu dors la nuit. Je ne vais pas me tuer à essayer de rester dans ta vie. Nous n’avons plus de chemin à faire ensemble. Quand tu me vois, s’il te plaît, retourne-toi et vas-t-en. Je ne veux pas te voir, parce que je sais que les rêves que tu as me réchaufferaient le coeur. Quand tu viens ici, penses à moi, mais notre route s’arrête ici. C’est fini, je savais que cela finirait ainsi. J’espère que tu es avec quelqu’un qui te fait sentir que cette vie est une vie, qu’il reste avec toi, passe plus de temps avec toi.

*

Quand je lis leurs textes, j’ai l’impression qu’ils ont grandit, mieux que moi. Chacun de leur album accompagne ses personnages vers une renaissance, un changement, une ouverture différente à la vie. Aucun n’a la vie facile, mais aucun ne se laisse abattre, chacun poursuit son idéal.

Si on lit les magazines, Damon Albarn semble l’un des types les plus accompli au monde. Il réussit tout ce qu’il touche, ou presque, fourmille d’idées nouvelles, travaille avec ceux qu’il désire. Je ne connais pas sa vie sentimentale,.peut-être est-il aussi triste que les héros de ses chansons, peut-être est-il très seul au milieu de tant de monde, peut-être n’est-il pas aimé pour ce qu’il est vraiment.

Ou peut-être vit-il une belle histoire d’amour? Une histoire d’amour avec la musique?

Flou artistique: Loisir (2/3)

Le week-end est de retour. Pour faire fuir le blues. On est des enfants du vingtième siècle, vraiment cools. Amuse-moi, amuse-moi, amuse-moi. Ce que veulent les filles et les garçons, c’est s’évader, se faire des garçons et, ou, des filles. Allez, amuse-moi. Les rues sont comme une jungle. L’amour dans les années quatre-vingt dix est comme paranoïaque, sur les plages ensoleillées. Évite tout travail, il n’y en a pas de disponible. Compte sur tes cinq doigts. Rien n’est gâché. Je sais que tu me prends pour un idiot, mais je m’en fous. J’ai une moto qui va vite, je me prends pour une star, la nuit dans les lumières de la ville, sur une moto japonaise. Je me laisse prendre par la violence et la vitesse des courses. Je regarde la télé, respire du butane dans des sacs plastiques, mon père banquier s’en fout. Amuse-moi, chante pour moi Miss America.

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Miss America rêve de devenir une star. Elle se lave avec les bons savons, comme dans les pubs, et ça lui lave aussi le cerveau. Pas besoin d’exercice, elle a toujours eu ça en elle, elle a fait des plans pour le futur. Ne t’inquiètes pas tu es faite pour être star disait toujours sa mère. Elle décroche le téléphone dans une autre maison, ne me demande pas pourquoi, elle est assise dans la douche. Elle fait un voeu. Elle devient si grande, on la voit tous les jours sur des posters, dans des magazines. Mais elle arrive toujours en retard au travail. Le plan B de Magic America ? Prendre un taxi pour le centre commercial, acheter et manger tout ce qu’elle peut, et trouver l’amour à la télé. Aller aux États-Unis et écrire des cartes postales à tous les gens qui savent lire.

Elle a acheté ces blue jeans sur Portebello Road, ne veut plus les changer, ce sont les mêmes que son idole. Elle les porte tous les jours, s’en fout pas mal, veut rester comme ça pour toujours, elle ne veut rien changer. Regarde l’Amérique ! Les répétitions ne rendent pas meilleure son interprétation de la vie. Parler dans le bruit, ça n’aide pas à améliorer la compréhension. Manger entre les repas coupe l’appétit, mais est-ce bon pour la santé ? Elle se le demande en regardant son ventre. Après des journées banales, elle met ses bottes pour aller à la Villa Rosie. La vie est plus belle, tous les soirs à la Villa Rosie. Mais il y a surtout des losers à la Villa Rosie. Sur son chemin pour le club, elle est tombée dans un trou, elle se souvient avoir vu les graffitis, elle se souvient du coucher de soleil et du ciment, que la nuit était de la couleur d’une orangeade, ça sentait la pisse et le vomi. Elle a fait une crise de panique, son coeur s’est arrêté et est reparti. Donne moi un verre. Il fait froid ici, je vais attraper la crève. Je me suis fait voler mon portable. Les gens m’ont dit, tu y vas toute seule? Je veux juste être avec toi, mon chéri. Elle est restée dans le club, pour trouver un peu de bonheur. Mets des piles dans mes jambes ! Je ne compte sur rien, je ne crois en rien.

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Plus de dignité. Mets-moi un rythme rock et allons-y. Cette musique, on bouge dessus, cette musique, on danse dessus. Viens sur la scène pop. Nous sommes tous des clones. Une fausse image d’un faux monde. Mais viens ce soir, viens ce soir, sur la scène pop. Sûr qu’on va disparaître. Dans la drogue comme des frères et soeurs : kétamine, margarine, benelyn, textine, aspirine, donnez-nous quelque chose ce soir ; rohypnol, chloroforme, superglue, sulfates, acide, procaine, librium. Donne moi du bon temps, de la fièvre, de la salive, insère le dans mes veines, ne me quitte jamais, donne moi de l’amour. Elle sort de la ville pour fuir, elle court dans ses bras tordus. Elle perd son manque de naturel, en marchant dans l’herbe. Plus de panique. Sans façon de vivre, elle répète encore et encore. Monte sur la scène pop.

Viens avec moi, soyons ensemble, Je ne comprends pas que tu me repousses, tu sais que je ferai tout pour toi. Pourquoi on ne peut pas être ensemble ? On s’est tout dit, tu sais tout, ainsi tu devrais savoir que je ferai n’importe quoi pour toi. Déshabille-moi, il n’y a que comme ça qu’on s’amuse, même si je ne ressens plus rien. Je ne sais pas trop dire je t’aime, mais tu ne voudrais pas. Tu fais face à la vie comme tu peux. Il n’y a pas d’amour avec les sirènes, mais je suis trop fatigué pour m’en faire. Je n’ai plus de self-control et pas d’excuse, toujours la même qui perd son fil. Ce que je n’ai jamais été, je ne le serai jamais.

Est-ce que tu fais ce que tu aimes ? Non. Est-ce que tu veux vraiment ce que tu veux ? Non. Est-ce que tu as quelque chose que tu as déjà eu ? Non. Ce n’est pas le bon jour pour savoir. Est-ce que tu aimes quelqu’un que tu as déjà aimé ? Oui.

C’est mon anniversaire aujourd’hui, il n’y a personne ici, je pense à toi, et sort marcher dans le parc, regarde le ciel. Pathétique. Je me sens si petit(e). Et seul(e). Je pense à une voiture, mais vers où la conduire ? Avec qui ? Il n’y a personne.

Tu es si sûr, si sûr de toi, rien ne te touche, mais pourquoi essaies-tu encore, les choses ne changent pas. Tout ce qu’on fait ne sert à rien, parfois il faudrait juste savoir ralentir, s’arrêter, être juste soi. Et si on ralentissait juste ?

Flou artistique: La vie rangée moderne est triste (1/3)

Blur est né quand j’ai commencé à vraiment prendre conscience de ma vie. Jusqu’à mes dix ans, je me souviens peut-être d’une scène par année, et la moitié d’entre elles sont des souvenirs fabriqués par le caméscope que mon père utilisait. Les cassettes vidéos qui tournaient dans le magnétoscope encore et encore, « The happiest days of our lives ». Mes premiers souvenirs précis datent de l’entrée au collège. Je peux situer un peu plus d’événements ensuite chaque année, quelques fêtes ou voyages, quelques têtes aussi, et les premiers albums de Blur suivent les années où j’ai cessé de subir la vie, pour y réfléchir. J’ai un peu du mal à les différencier, peut-être plus que pour aucun autre groupe, car tous ces thèmes se retrouvent dans ce que j’avais en tête à l’époque. Un ami m’a dit qu’on appelle ça la génération X, que la génération X, c’est nous, gamins élevés dans une époque bénie, une période faste de télévision en couleur, de jouets en plastique, de nourriture en plastique. Plein emploi et pleine consommation. Mais en y regardant, j’y vois une période bien triste, aseptisée, sans beaucoup de rêve, sinon un…

*

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Triste, saoul et pauvre, j’ai une mauvaise tête aujourd’hui. Faut que je m’y fasse ou je vais faire la gueule toute la journée. Thé, thé et café aident à commencer la journée. La ville est réveillé, et surprise, moi aussi.

Ernold se réveille du même rêve dans le même lit et au même moment qu’hier, regarde dans le même miroir fait du même verre, se sent de la même façon que chaque jour. Ernold prend le même train à la même station, en chemin pour le même endroit et la même chose encore et encore. Il s’assoit sur le même fauteuil avec la même tâche ingrate. Son monde reste le même : attendre qu’une autre mauvaise journée se termine. Il n’a besoin de personne, mais un amour rendrait les choses plus simples.

Julian, assis sur le trottoir, suce la paille de son coca, dans un verre en papier, récompense de sa pause dans son Mcjob. Il sent les couleurs: pour ses vacances : ce sera sable dans les oreilles et mer à la pisse. Il a trop de pression pour penser : fais ça, défait le, refait le, de B à A et de A à B. Les oiseaux chantent la nuit pour l’empêcher de dormir. Il n’y a pas d’autre chemin. Son patron lui enlève tout plaisir, le fait courir quand il n’a pas envie de penser, quand il n’a plus envie de monter. Tout ce qu’il peut faire, c’est de le laisser jouer. Hey, il a un jour de congé, six fois par an, six packs de bière. Il va voir sa grand-mère, elle a un nouveau dentier pour manger de la pizza. Ils font un barbecue chez sa mère, avec des saucisses et du poulet. Les voisins les regardent. Toutes les rues se ressemblent dans cette banlieue. Le dimanche, il lit le guide télé, le supplément en couleur, et voudrait rester à la regarder au lieu du déjeuner en famille. Le dimanche, ils font une marche dans le parc, il rencontre un vieux soldat qui lui parle du passé. Il voudrait rester pour la part de gâteau que sa mère lui laisse toujours, mais trop tard, il sort, pour réussir à s’endormir en ce dimanche soir. Il ne dort plus sans boire.

Sa mère, Tracy Jacks, se sent faible depuis que son mari est parti, elle porte des t-shirts courts et conduit une Mini. Elle se promène en lingerie, mais ce qui la rendrait belle, c’est de penser au futur. Elle s’habille ce soir pour accueillir un homme en uniforme, un homme sans charme, qui raconte pouvoir entrer partout sans payer. Il essaie vraiment de plaire, trop content qu’on l’écoute, mais en y regardant, personne ne l’écoute. Ils font l’amour dans le canapé du patio, les voisins les regardent, mais ils ont passé le stade de s’en préoccuper. Quand ils ont terminé, ils regardent des cassettes vidéo. Ils se sont rencontrés par hasard, deviennent mari et femme, l’un mérite l’autre, ils s’installent dans une autre vie, mais ce sont les mêmes personnes autour d’eux. Ils disparaissent, sans faire de plans, ils disparaissent. Ça ne les dérange pas vraiment. Bien sûr, ce sont des stéréotypes, mais les stéréotypes doivent exister. Toute ta vie tu rêves, avant de t’arrêter de rêver. Bientôt viendra le fisc : Nous avons un dossier sur vous ! Un jour, Tracy Jacks part, prend le train jusqu’à la mer, enlève ses vêtements et court nue, jusqu’à ce que la police l’attrape et la ramène chez elle.

Colin Zeal, lui, est heureux. Il regarde sa montre, il est à l’heure, encore. Il est content de lui. Il se sait part d’une masse, d’abord celle des piétons. Il est toujours au courant des nouvelles, des bombes chinoises, et suit son plan de carrière. Toujours plein de succès, il paie de sa vie le prix d’être sans cesse dans l’anxiété du siècle. Il lit Balzac, on se sauve comme on peut. Il a une grande maison à la campagne, il prend toutes sortes de pilules et empile ses notes d’analyste financier. Il ne fait de mal à personne dans sa maison de campagne. Avec un teint de carotte, parce qu’il est malade. Chante-moi la balade triste du mec de la campagne. Dans sa cellule d’hôtel, il écoute les bruits de sa télécommande, le sexe à la télé. A trente ans, tout le monde devient grossier. Il parle dans son verre. Chaque jour il se rapproche, il sait que c’est fini, mais il voudrait rester et sembler normal.

Quand tu me connaîtras gène par gène, j’irai me suicider aux États-Unis.

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Résignés. On est bombardés de pub, dès six heures du matin dans le métro. À trop la regarder, on perd notre appétit pour les vraies choses. Tous les gens, beaucoup de gens, vont main dans la main, dans leur vie rangée : faire de l’exercice, manger sainement. Je me lève quand je veux sauf le mercredi ou les éboueurs me réveillent. Je nourris les pigeons, ça me fait me sentir bien. J’en suis heureux pour le reste du jour. Donne-moi du café et une télévision. J’ai vu ça pendant la pub, si je ne l’ai pas, j’aurai mal à la tête. J’en ai vu tant que je deviens aveugle, je suis un mort cérébral, et social. On pourrait recommencer ?

Assis dans le bus du matin, au milieu d’une foule qui s’en fout, je n’ai besoin de personne, mais un peu d’amour me ferait le plus grand bien. Une autre semaine, un autre dimanche, un autre jour passe.

Fin de siècle, il y a des fourmis sous le tapis. On dit tout le temps qu’on ne veut pas être seul, mais on porte tous les mêmes vêtements, et on s’embrasse avec les lèvres sèches quand on se dit bonne nuit.

*Texte librement inspiré des textes du groupe anglais Blur.

Un mensonge de plus

Après plusieurs années d’existence – depuis AMTAF’, solo guitare-voix – et des dizaines de concerts dans des bars parisiens, lillois et malouins, Un Mensonge de Plus sort son premier Disque Court, financé grâce à une campagne réussie de financement participatif. Chronique par un ami et fan de longue date.

Héritier des chanteurs contestataires, Benjamin admire autant Bob Dylan, incontournable folkeux pour qui aime les paroles bien construites, que Damien Saez, dont il suit la discographie avec une attention méticuleuse.

Après quelques tentatives en anglais, il se tourne entièrement vers le français, la langue des groupes de son adolescence arrageoise: Karpatt, Les Hurlements de Léo et les classiques Rue Kétanou, Tryo, Ogre de Barback, Cowboys Fringuants… hautement influents dans leur façon de créer des mélodies et textes accrocheurs. Et s’empresse de suivre ce conseil donné au Bob Dylan enfant dans le film de Todd Haynes « I’m not there »: « écris sur ton époque, gamin! ».

Il s’entoure ensuite de Lye, un ami, Dinesh, un collègue et Hélène, une petite annonce, pour apporter volume et consistance aux performances scéniques, souvent entièrement acoustiques. En une année, ils rodent une vingtaine de compositions, qu’ils présentent au public sous forme d’une histoire ré-inventée pour chaque contexte de concert: bar, plage ou forêt. Chaque texte prend un sens différent dans ces récits de voyageur, pirate ou conteur, tandis que les arrangements s’adaptent aux rôles des acteurs-musiciens.

En janvier 2015, ils sont enfin prêts à entrer en studio, avec l’aide de Maxime Kosinetz et Léonard Desarthe, pour enregistrer cinq titres, sortis un dimanche d’avril.

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« La solitude » est un des titres les plus anciens, où la formule du mensonge se révèle progressivement. Batterie et basse soutiennent la balade, le violon danse en entrechats avec la voix, pendant qu’une guitare classique étrenne des accords folk. Un solo de violon vient apporter une mélodie qui ne manque pas d’être reprise par le public en concert, une voix filtrée rappelle la Mano Negra ou Louise Attaque de la grande époque, avant un final en « la la la ».

« Les Vieux » entre ensuite dans le vif du sujet, avec un texte plus évident et tout autant cynique. Sur des accords flamenco, un clavier adoucit ça et là le message et la voix, qui se fait plus cinglante. Comme une réponse à la chanson des Enfoirés, les voix se moquent en chœur « des vieux ».

écouter « Les Vieux« 

Suit « Le Sang des Communards », qui aborde un des épisodes méconnus de notre histoire. Le chanteur semble le prendre comme une honte nationale personnelle, et rétablit le prestige des morts de cette guerre civile, comme le ferait un président de la République en discours d’hommage devant le mur des fusillés au Père Lachaise, pour le centenaire de ce tragique événement. Sous couvert d’une gigue endiablée, la chanson taille dans le vif la foi politique avec une verve révolutionnaire.

« Monsieur (loin d’Arras) » est certainement la chanson la plus personnelle du disque – du moins en apparence. Sous prétexte d’une balade dans la ville de son adolescence, on parcours les souvenirs du chanteur à époque révolue, depuis laquelle tout a changé, même le regard des habitants sur cet ado qui valdinguait une bière à la main, de nuit, errant sans but dans une petite ville de province.

Enfin, après ces regards sur le présent et le passé, « Saint Malo » apparaît comme une ouverture au futur. Sur fond de violoncelle, un chœur de pirates promet ad libitum de beaux jours au voyageur qui osera prendre l’océan, « le couteau entre les dents ». Le disque termine sur le fil d’une mélodie de violon entraînante, et enfin, après la digestion des problèmes de la société, on « retrouve nos idéaux ».

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En bonus, est offert à certains donateurs du BisouBisouBanqueBanque, un CD pirate comprenant de nombreux inédits enregistrés à la maison, versions live… Et c’est là un beau cadeau, qui triple le nombre de titres à écouter! Pas moins de dix chansons, des premières compositions aux derniers textes, en passant par des relectures en concert des tubes, comme « Les Vieux » ou « La Solitude », propices aux « lalala » du public et aux digressions mélodiques du violon d’Hélène ou du yukulélé de Lye.

« Les idées noires » ou « Pffff » sont dans la veine des « Vieux » et de « La solitude ». Elles questionnent une fois de plus la politique et la société; les promesses de futur qu’elles apportent  aux électeurs.

Ces versions mettent surtout en lumière le timbre et la diction de voix du chanteur, si particulières, et référentes à un certain type de chanson. Le chanteur emprunte, toutes proportions gardées, à Brel, Ferré et aux grands chanteurs français; ou à Florent Vintrignier, Gaëtan Roussel et confrères.

Mention spéciale pour ce court morceau acoustique voix-accordéon, qui laisse la voix libre de toute contrainte et touche directement au cœur, au long d’une balade dans les gares parisiennes.

On attend donc la suite avec impatience et nostalgie, en mémoire de nos jeunes années à chanter au son des guitares dans les parcs; de nos engagements politiques qu’on devrait tenir; et de notre envie de célébrer la vie, tout simplement.

Mais, ne vous emballez pas, tout ceci n’est … qu’un mensonge de plus.

NB: pour ceux qui ne peuvent attendre, des textes sont publiés régulièrement sur le site du groupe: www.unmensongedeplus.com/blog

Turzi – C (Trax Magazine)

Turzi – C (Record Makers / Ephelide)

Romain Turzi complète son triptyque en prenant une nouvelle « autobahn ». Au fil des neufs titres aux noms d’oiseaux, on chemine dans un parcours foisonnant de basses trépidantes et batteries percutantes, sur des nappes de claviers parfois bouillonnantes, tandis qu’un voile de voix doucereux apaise le tranchant des guitares parfois métal. Magique, mystique et inspiré !

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Chronique parue dans le Trax Magazine n° 180 – Mars 2015

Château Marmont – Sounds of Shambala (Trax Magazine)

Château Marmont – Sounds of Shambala (Arista / Sony)

Après un premier album réussi aux accents d’hommage personnel à leurs influences prog-rock, l’hôtel le plus vip du monde, réduit à deux, invite moult guest pour livrer sa version de l’électronique actuelle. En résulte un album qui surpasse la concurrence French Touch et lorgne sur les plates bandes de Modeselektor et SBTRKT.

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Chronique parue dans le Trax Magazine n° 180 – Mars 2015

Disques des douze derniers mois – Janvier/Décembre 2014

Comment résumer une année 2014 aussi riche en sorties – même si peu de sorties m’ont autant marqué qu’en 2012 ou 2013, et en découvertes de nouveaux horizons sonores?

Depuis deux années, j’accompagne les artistes de mon label pendant de nombreuses nuits, et mes oreilles ont développé une sensibilité nouvelle aux musiques électroniques – chose qui me paraissait inconcevable il y a trois ou quatre ans.

Petit à petit, je comble le fossé culturel qui me sépare d’eux et fini même par acheter quelques vinyles – incohérence dans une collection majoritairement composée de cds, support que je continue à chérir malgré le changement/retour de mode.
N’en déplaise aux diggers et obsessionnels des maxis ou des perles rares à 300 écoutes sur soundcloud, je reste concentré pour ma découverte sur les formats album ou compilation qui permettent de bien belles découvertes, sans pourtant risquer de se perdre dans la jungle des « single tracks » – pour le moment.

Mais cette année a aussi été une année d’approfondissement de certains goûts et connaissances, grâce à des longues journées d’écoute discographiques au café où je travaillais – rock classique, indie et softronica.

Voici donc, une fois de plus, une longue liste de disques à écouter, marquants pour une chose, ou une autre, classé par styles plus ou moins définis, qui correspondent au classement de ma (notre) discothèque, tiens.

Rock alternatif

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**Sonic Youth – Discographie**
Devo – Q: Are we not men? A: We are Devo
**The Smiths – Discographie (The Smiths, Meat is Murder, The Queen is Dead, Strangeways, here we come)**
Franz Ferdinand – You could have it so much better & Franz Ferdinand (oui, aujourd’hui seulement!)
*Paulo Transpire – J’arracherais bien*
Poni Hoax – Images of Sigrid

Indie (uk)

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*Cocteau Twins – Heaven of Las Vegas & Blue Bell Knoll*
*Mogwai – Come on die young*
**Wake (the) – Testament (best of)**
*Spiritualized – Ladies and gentlemen we are floating in space*
*Cinematic Orchestra (the) – LastNightTales*
*Blonde Redhead – barragan*

Indie (usa)

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**The Drums – Encyclopedia**
**Sun Kil Moon – Benji**
The Feelies – the Good Eearth
Yeasayer – All your cimbals & Odd blood
*Edward Sharpe & the Magnetic Zeros – Up from Below*
*Sufjan Stevens – Illinoise*

Indie (fr)

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**Moodoïd – Le Monde Möö**
**Grand Blanc – EP**
*Entreprise – Année 2*
Judah Warsky – Painkillers & Alcohol
*Baden Baden – Coline*
Aline – Regarde le ciel
Mocke – L’anguille
*O – Ohm part 1*

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**Yann Tiersen – Infinity**
**François & the altas mountains – Piano Ombre**
H-Burns – Off the Map
Mehdi Zannad – Fugue
La Maison Tellier – L’Art de la Fugue
Mermonte – Audiorama
Mina Tindle – Mina Tindle
Pendentif – Mafia Douce

Indie (autres pays)

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Godspeed You Black Emperor ! – Lift yr. Skinny fists like antennas to heaven !
Jagwar Ma – Howlin
Notwist (the) – Neon Golden
James Vincent McMorrow – Early in the morning & Post tropical
My Bloody Valentine – Loveless

Chanson française (encore, et toujours)

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Miossec – Ici-bas, ici-même
ARLT – la langue
Etienne Daho – les chansons de l’innocence retrouvée

Classiques rock (uk) 

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Beatles – Anthology 1, 2 et 3 (il semble qu’il me restait encore une foule de chansons / versions des Beatles à découvrir, et en tout cas, une grosse biographie by Hunter Davies à lire)
Robert Plant and the Sensational Space Shifters – Lullaby and … the ceaseless roar
Pink Floyd – Animals et discographie complète
Jimi Hendrix – discographie complète

Musiques électroniques – nouveau chapitre

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Kompact – total 1 à 14
The Field – From here we go sublime
Gang Gang Dance – Eye contact
Kraftwerk – Radioactivity
Maya Janes Coles – fabric 75
Caribou – Our love
Laurent Garnier – 30 & the cloud making machine & Jacques in the box EP
Para One – Passion
Tood Terje – it’s album time
Death in Vegas – scorpio rising
Moby – Play

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Daniel Avery – Drone Logic
Silver Apples – Silver Apples (1968) & Contact (1969)
DJ Koze – Amygdala
Philip Glass – Glass reworks
Four Tet – Beautiful Rewind
Gaiser – EPs
Italians Do it Better – After Dark 2
Innervisions – Ep multiples…
Tru Thoughts – compilation 10 ans

et, évidemment, la première compilation forecast LABEL produite cette année, écoutée en boucle de la pré-production aux djsets et live.

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des idées pour l’année 2015?