Le rock comme médecine – Equations + Mars Red Sky @ Palco RUC // Queima das Fitas

Après une première soirée sommes toutes assez courte – pas pour tout le monde – commençe ce vendredi « Queima das Fitas », au sens propre du terme « festival »: un champ où sont disséminés stands de nourriture, bars servant presque exclusivement de la bière, tentes à DJ sponsorisées par différentes marques, et deux scènes pour les (vrais) artistes.

Chaque jour est dédié à une faculté et sa couleur de « fitas » (rubans). C’est la Faculté de Médecine qui agite en premier ses rubans jaunes, et fait jouer ses « Tunas » sur la scène principale, en clôture de Grupo Revelação (Groupe Révélation, ça ne s’invente pas comme nom) et Fragmentos.

Sur la scène Palco RUC, le ton choisi est rock, sujet dans lequel la DJ À Viúva Escarlate entre sans riff d’intro. Elle chauffe la salle pour Equations et Mars Red Sky – et il faut de l’énergie pour chauffer une scène en extérieur.

Avant les « concerts de rock » qui suivent,  rencontre avec les artistes dans leurs loges.

Equations (O Porto, PT)

Avec un nom pareil, difficile de se tromper sur la nature de la musique d’Equations: « On joue quelque chose qu’on appelle math-rock, mais c’est un peu générique. On vient plus d’un milieu hard-core, post hard-core. On rejoint le math-rock sur le rythme, on change beaucoup dans nos chansons, parfois c’est un peu déstabilisant, il y a beaucoup de cassures. » Sans s’y comparer , ils font référence à leurs pairs et leurs pères: « On aime Tera Melos, un groupe américain de Sacramento, mais on aime aussi des choses plus légères comme Animal Collective. Notre groupe est comme un challenge, maintenant on écoute plus de rock progressif des années 70, notre prochain album sera forcément différent. »
Le groupe a sorti son premier album « Frozen Caravels« , il y a tout juste deux mois, sur Lovers & Lollypops. Les trois premiers compères se rencontrent à Porto, et recrutent les autres membres dans les quelques groupes de cette scène particulière au Portugal, à Braga ou Lisbonne.

Accessoirement, tous touchent de près ou de près les maths ou les sciences dures. Il faut être geek pour jouer du math rock? « Oui! (rires) Pour comprendre les structures, il faut avoir une connaissance de la musique – pas forcément des notes – et un esprit un peu mathématique. Je ne veux pas sonner prétencieux. Au final, on fait juste ce qu’on aime. Il a finalement peu de groupes comme nous, au Portugal, et dans le monde. C’est une scène de passionnés. »

Equations montre la créativité des scènes « niches » au Portugal, et la vivacité des réseaux alternatifs dans la diffusion de ces styles particuliers. « On a financé notre disque avec l’argent qu’on gagne dans les concerts. Les gens de notre label font ça parce qu’ils aiment, ils perdent de l’argent sur certains groupes, parfois ils mettent de leur poche. C’est une question de passion. »

Pour le groupe, participer à un si gros festival est une première: « On a jamais une loge pour nous! C’est la première fois que nous dormons dans un hôtel, d’habitude, c’est plutôt le canapé de l’un ou l’autre« . C’est aussi leur première date à Coimbra: « Palco RUC est une scène mythique pour nous, et bien sûr Queima das Fitas est la plus grosse fête de Coimbra« .

Si leur album laisse émerger quelques touches – de claviers – électroniques, la formation live à trois guitares, basse et batterie, n’a fait aucune concession au rock, et on raconte que certains headbangaient dans le public.

Mars Red Sky (Bordeaux, FR)

Tous sont musiciens depuis des années, les membres de Mars Red Sky se sont rassemblés sur un besoin récréatif, et si les batteurs changent, la groupe a une raison d’être, et « c’est allé beaucoup plus loin qu’on l’avait imaginé« . Sa création repose sur la spontanéité, et s’enrichit de ces hasards: « La guitare de Julien [chanteur-guitariste] était accordée beaucoup plus bas, pour compenser l’absence de basse, et quand je suis arrivé avec la mienne, je me suis accordé sur lui« . Ce concours de circonstance donne au groupe son son, plus proche du stoner que rock.

Si on se demande comment ce groupe de Bordeaux se retrouve sur une scène ici, la réponse est simple: « On a fait des dates à Madrid, et on a rencontré quelqu’un qui nous a donné des contacts pour des concerts. On devait jouer à Lisbonne ce soir, le concert a été annulé, et on a entendu que la radio [qui accueille le concert] aimait bien ce qu’on fait« . Une nouvelle fois, le « système » alternatif du bouche à oreille montre son efficacité.

Sa réputation, le groupe la tient de blogs qui s’enthousiasment pour leur album éponyme, et d’un public qui grandit à mesure qu’ils accumulent les concerts. Ils sont au milieu d’une tournée qui parcourt huit pays, avec notamment un passage au fameux festival SxSW à Austin, Texas, Etats-Unis d’Amérique. « On est vraiment étonnés, le public est fidèle, ils viennent aux concerts, sont attentifs, et parfois à la fin proposent un contact pour jouer autre part ». Et ne sont pas radins comme est cencé être le public. « Ils achètent des t-shirts, on a vendu beaucoup plus de vinyles que de cds, on en a même repressé« .

Pour le groupe, cette tournée est « la fin d’un cycle« . « Après cela, on va aller se retrouver quelque part, dans une maison pour enregistrer un second album ». « C‘est super de tourner, mais c’est très fatiguant, et pour d’autres choses, mon travail, ma copine, c’est difficile« . Et pour revenir à la création: « Ca fait trois ans qu’on joue ces chansons, ce n’est pas qu’on en a marre, parce qu’on adapte les chansons, mais ça fait plusieurs fois qu’on les reprend avec un nouveau batteur ». Pour la création, le groupe a sa formule: « On a enregistré le dernier dans le désert, en Espagne, on a envie de retrouver ça, s’enfermer dans une maison, faire des prises de dix-huit heures. »

Sur scène, on imagine leurs « desert sessions » à eux. Avec sa guitare plus grande que lui, le guitariste joue avec sa pédale Big muff. Le jeu du nouveau batteur est précis et, comme il l’a demandé à son ingé-son, « plus gras » que le groupe précédent. Le son de basse incroyable, on retrouve le frisson ressenti à la première écoute de « Love Buzz » de Nirvana. La touche psychédélique? Des solos de guitare avec Wha-Wha. Dommage qu’on entende pas assez la voix, qui sur disque se révèle limpide et claire.

Pendant ce temps-là, à Vera Cruz…

De l’autre côté, une foule en délire applaudit un autre style*. Le « Groupe Révélation » joue en wifi – ou bluetooth, casque sur les oreilles. Faire de la musique populaire n’empêche pas d’apprécier les nouvelles technologies. Comme la veille, on eut pû verser une larme pendant la prestation du tunas TMUC, mais l’atmosphère n’est pas là.

Dans les tentes electro, des jeunes en cape s’abritent de la pluie – on ne peut leur en vouloir, la pluie mouille. Il me semblé entendre trois fois, en passant par hasard à différents moments, la même chanson d’Avicii – on ne peut leur en vouloir, les disques coûtent cher.

Pourtant les Djs Casal Boss ont dans leur malettes une tracklist bien plus intéressante, et annoncent annoncé la nuit hip-hop du samedi, avant de laisser l’électronique s’emparer de la fin de nuit pluvieuse. Ceux qui sont là n’en ont cure, ils aiment la musique ou sont joyeusement émêchés.

*Il n’a été précisé nulle part que l’objectivité est de mise dans ces articles, la musique étant avant tout, une question de goûts – et d’amour de la musique elle-même.

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