Sensible Soccers – Commentaire sportif @ Palco RUC // Queima das Fitas 2012

Un parfum de fin de fête ce lundi soir à Coimbra. La pluie tombe drue depuis le début de la journée, et on parle d’annuler les concerts de Paus et Wraygunn sur la grande scène, battue par le vent. Pendant que le comité se réunie à huit-clos pour décider du sort de la soirée, je me dirige une nouvelle fois vers la scène de Radio Universidade de Coimbra.

Elle accueille sur son terrain boueux Sensible Soccers, groupe originaire de Coimbra. Leur nom est un hommage à un jeu vidéo de football en 2D. Ils ont sorti cette année deux EP, et enchaîné les concerts dans de plus en plus belles salles au Portugal et en Espagne.

C’est abrité dans leur loge que je rencontre Emanuel Botelho, guitariste et fondateur du groupe avec Hugo Alfredo Gomes. Il officie également à titre personnel dans Wools et Nihilst Assault Group, et avec le dit Hugo dans Os Yeah!. Ils sont enfin les créateurs du label local Musica Pop Desempregada (MPD).

L’occasion d’en savoir plus sur le parcours du groupe, le travail de création, les concerts, et des histoires de labels

Vers la Ligue Professionnelle – Ligua Um?

Photo @Sensible Soccers

Alors, Sensible Soccers, ça devient quelque chose?
« Oui, pour la première fois, quand les gens me demandent si je suis au chômage, je me pose la question. Je n’ai pas de « patron », mais je m’aperçois que ça ressemble de plus en plus à un travail. Ca prend du temps, et il faut faire des choix.
Et aussi, c’est comme ce travail idéal que tu cherches depuis toujours, et voilà, ça y est, tu as trouvé ta place. »

C’est un travail quotidien?
« Non, on travaille différement des autres groupes, parce qu’on a pas d’emploi du temps de répétitions. On répète dans la maison d’Hugo, dans le nord du pays. On regarde nos agendas, et on essaie de trouver cinq ou six ou sept jours d’affilé où on peut travailler. C’est assez intensif, on finit par se retrouver ensemble une semaine. On vit un peu comme une communauté. On n’y songe pas vraiment, mais ça change des choses dans notre processus de travail. Peut-être qu’on fait quelque chose de très mauvais, ou alors très bon. »

Est-ce que vous avez l’impression de devenir « professionnels »?
« Quand on prépare nos agendas, on fait des sacrifices par rapport à d’autres choses. On fait ça le « bien commun » [ndr: du groupe], mais ça ne nous rend pas professionnels, on a pas d’emploi du temps fixe. Ce qui est professionnel, c’est ce temps qu’on y passe. Et aussi, le fait qu’on gagne de l’argent maintenant. On n’a pas de salaire fixe, mais ça paie au moins ce qu’on y investit. »

« Je ne sais pas si on pourra continuer ce rythme longtemps, peut-être qu’on se lassera de ça, comme on s’est lassés d’un rythme « normal ». A un moment on répétait dans une sorte d’ancien centre commercial à Porto récupéré par des artistes, on en a eu marre.
Peut-être qu’on changera, que ça changera le façon dont notre musique sonne. La façon dont on travaille a vraiment un impact sur notre musique. »

A l’entraînement, un jeu collectif.

Comment vous abordez la création?
« Ca a changé, depuis le peu de temps que nous sommes ensemble. On a commencé a partager des démos avec Hugo il y a à peine deux ans. Ca a changé parce que d’autres personnes ont aimé le groupe. »

« On jamme beaucoup, des choses émergent, on improvise, et on utilise nos erreurs. On faisait ça au début, maintenant le travail est presque entièrement basé sur cette façon de faire. Souvent, l’un de nous trouve une mélodie, en fait une boucle, et on dessine le reste là-dessus. »

Le travail sur le son est-il aussi un travail sur les erreurs? Vous arrive-t-il de vous perdre dans les effets que vous utilisez?
« Non, ce n’est quelque chose qui n’arrive plus, on a fait ça avant, maintenant dès qu’on obtient quelque chose, mentalement ou littéralément, on écrit les paramètres. »

Vous avez l’impression de devenir « professionnels » comme musiciens, à ce niveau?
« C’est plutôt devenir meilleur dans quelque chose qu’on aime vraiment. On n’est pas si grands que ça, ça ne sert à rien de présenter les choses plus grandes qu’elles ne le sont. Ce n’est pas injuste de dire qu’entre nous, seulement Filip est vraiment musicien. Nous autres, on a beaucoup de travail à faire dans ce domaine. Tant qu’on continue à écrire et avancer, même si c’est on est plutôt lents, surtout pour l’enregistrement. »

Vous faites tout par vous-mêmes?
« Non, on travaille avec João Moreira, qui a commencé avec le mastering du notre premier EP, et s’est ensuite occupé des concerts. Aujourd’hui, il s’occupe de la production du prochain EP, et il fera le mastering également donc il est plutôt important pour le groupe. »

Donc vous n’êtes jamais seuls quand vous répétez?
« A vrai dire, il y a toujours beaucoup de personnes. Nos amis viennent presque tous les soirs, mettre de la musique, jouer à des jeux de foot. La maison est souvent pleine, pendant qu’on travaille dans une autre partie de la maison. C’est assez stimulant en fait, et vraiment différent de ce à quoi je m’attendais. »

Ca ressemble aux groupes des 60’s, qui squattaient une maison en communauté pour enregistrer leurs disques?
« Je sais. Je n’ai jamais trop réfléchi à la question, mais d’une façon différente parce que nous sommes dans un autre temps, je dirai qu’on partage certaines de leurs valeurs. Peut-être que ce sont les temps qui veulent ça. »

Bilan d’une première saison de championnat.

Comment ça s’est passé pour les concerts?
« On a fêté notre premier anniversaire le 24 avril, c’était bien parce qu’on jouait ce soir-là. Dans la voiture, on a compté: 22 concerts, et pour notre dimension, encore bien petite, c’est super. On a été à Casa da Musica à Porto, à Lisbonne, en Espagne à Bracelone et Madrid; on a été à la TV, tout ça en moins d’un an. On a eu beaucoup de chance, et on est vraiment reconnaissants pour ça. »

C’est de la chance, ou parce que vous rencontrez des gens?
« Premièrement on a créé la musique. Tout ça est arrivé parce que des amis aiment ce qu’on fait. C’est justement le point, ils aiment ce qu’on fait. S’ils n’aimaient pas, ca seraient toujours nos amis, mais ils ne nous inviteraient pas à jouer. On en est très reconnaissants de leur donner envie de faire des choses avec nous (rires). Ca sonne étrange: « de la musique qui donne envie aux gens de faire des choses avec nous ». »

« C’est aussi le monde dans lequel on vit: nos amis sont musiciens, ou travaillent dans l' »industrie », comme tous les musiciens finalement. On aime cette façon de voir, on travaille dans l’autre sens avec eux dès qu’on peut, un peu pour cette « plus grande cause », changer la façon dont l’industrie marche. C’est comme ça qu’on aime voir les choses, si la musique ne plaisait pas, ça ne marcherait pas. »

La couleur du maillot.

Dans un pays avec un taux de chômage proche de 35% chez les jeunes, Emanuel et Hugo ont créé le label Musica Pop Desempregada, littéralement, « mouvement musique pop au chômage ». Fondé en 2010, il a pour but de donner une visibilité aux musiciens locaux. Ses bases reposent sur un manifeste en onze points, qui précise notamment que « les artistes doivent être sans emploi », ou que seule les polices « font courier » ou « courier new » peuvent être utilisées, en hommage au champion de tennis du même nom. Un label ancré dans son temps, mais bien décidé à « faire les choses autrement ».

Vous avez voulu mettre vos valeurs alternatives dans le label?
« Je ne sais pas. C’était plutôt une question pratique. c’est à cette époque qu’on a commencé à faire de la musique, il y allait avoir encore du travail pour la distribution. Il n’y a pas beaucoup de labels qui sortent de la musique amateur home-made. La raison principale pour un label de sortir est de valider la musique. Et on dit le contraire. que la musique est validée dès qu’elle est faite, et on a créé cet outil pour valider ces musiques qu’on aime. »

Que devient le label aujourd’hui?
« C’est un peu lent en ce moment, parce que ça prend du temps, mais on a des idées de sorties, cinq ou six EP. On veut s’ouvrir à l’international, pas forcément être aussi ouvert qu’au début, en gardant toujours l’idée qu’on sort ce qu’on aime. Probablement que dans les prochains mois, on alternera les périodes à travailler sur Sensible Soccers et d’autres pour MPD. »

La saison des transferts.

Vous avez changé de label pour sortir votre premier EP?
« Je chérie AM Discs (Future Reserves Label), parce qu’ils font les choses tellement bien qu’on travaille avec eux les yeux fermés. Ils ont tellement envie de faire marcher les choses, mais sont en même temps assez détendus. Et surtout, leur catalogue est superbe. Depuis que notre EP est sorti, en octobre, il n’y a pas une sortie que je n’ai pas aimée, et pas seulement moi. Il y a tellement de labels qui deviennent des « major labels », dans la façon dont ils travaillent. »

C’est une bonne transition pour vous alors?
« Oui, mais on ne se voit pas comme un groupe à label. On est pas en exclusivité avec AM Discs, notre LP sortira en 2013 sur un autre label, peut-être qu’AM Discs fera un co-production sur une autre sortie. On s’assure de ne pas appartenir à un seul label, on est connecté avec plein de gens avec qui on a envie de travailler. La seule conditon est qu’ils comprennent que toute sortie commerciale sera toujours légalement téléchargeable gratuitement. »

« La plupart ne posent même pas la question, ils sont les premiers à partager la musique avec leurs amis. Ils disent: « Pourquoi pas? On sortira votre disque de toutes façons ». C’est peut-être la loi universel, les gens avec des idées semblables font des choses ensemble. On partage des valeurs avec tous ces gens. »

Pour le moment, vous venez d’enregistrer un nouvel EP?
« C’était prévu pour juin, et finalement ça sera plutôt en décembre. L’autre label sur lequel il sortira a un catalogue précis de sorties. Donc on trouvera probablement d’autres morceaux pour ça cet été, et on pense déjà à un autre format, pas forcément sous forme de EP. On va aussi enregistrer d’autres choses qui datent du temps où nous étions un trio, six ou sept chansons, qu’on va jouer live sûrement, qui sont seulement sous forme de démos. Mais tout ça peut changer (rires). »

Ce soir, match à domicile.

La pluie semble se calmer, et les concerts démarrent sur la grande scène avec Paus. Constitué d’un duo de batteurs, d’une bassiste énergique et d’un clavier, ils déploient une énergie folle à convaincre les quelques spectateurs qui se sont déplacés. Cinq chansons à toute vitesse, il faudra y jeter une oreille plus attentive, et je file ne louper aucune miette de Sensible Soccers.

Leur set brasse les 4 titres de leur EP éponyme et de leur seconde sortie, « Fornelo Tapes » avec des inédits, captant un public réduit mais fidèle. Pendant que deux électroniciens s’acharnent sur leurs machines au centre, deux autres alternent basse et guitares, souvent penchés sur leur tapis de pédales d’effets. Le pic est atteint sur leur hit « Missé-Missé », sur lequel l’un d’eux utilise un archet de violoncelle. On pourrait crier à la redite si les effets utilisés ne démontraient pas une maîtrise parfaite des sons modernes.

Il y a des groupes qui parlent spécialement à une certaine, et personnellement à  un moment de votre vie. Celui-ci en est un.

Un passage par Wraygunn, très rock, et pour le coup, très professionnel, mais la magie ne remonte pas. Trempé, il est temps d’aller se coucher, même en ayant loupé le très bon Joker, et un premier DJ set d’Afonso Macedo et André Téjo ensemble. Tout le monde s’accorde pour dire que cette nuit était la dernière, mais sûrement une des meilleures. Les organisateurs louent la bonne étoile qui a programmé Joker ce soir-là: malgré la pluie, de nombreux aficionados ont le déplacement tout spécialement, ce qui compense la fuite des étudiants.

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