Pour l’amour de l’art @ Palco RUC // Queima das Fitas 2012

Une semaine après le début des festivités, les étudiants continuent de faire la fête tous les soirs sur des musiques de plus en plus légères, jusqu’au vendredi où des « stars » portugaises s’associent dans un All Star Band. Tous les soirs, et parfois le jour, comme jeudi, où un barbecue géant est organisé à Figuera da Foz, la cité balnéaire la plus proche.

Pendant ce temps, profitons du répit en ville pour revenir avec Mariana Roque, coordinatrice de « Palco » (scène) RUC (Radio Universidade de Coimbra*), sur l’organisation de cette scène alternative dans Queima das Fitas.

« 26 années de radio libre ».

La Radio Universidade de Coimbra (RUC) a été créée dans les années 40, comme terrain d’expérimentation radiophonique de l’université. Diffusant quelques programmes par semaine sur les chaînes nationales, c’est en 1986 qu’elle prend véritablement son envol, en obtenant une licence de diffusion sur les ondes FM. Dès lors, elle émet des programmes indépendants 24h/24, tout en gardant un rôle de formation pour journalistes, techniciens et programmateurs/animateurs de radio.


Entièrement gérée par des étudiants, elle est par définition d’abord à leur service, ce qui ne signifie pour autant amateurisme. En effet, l’université de Coimbra compte plus de 25 000 étudiants, et les associations ont un statut plus important que des simples organisations étudiantes.

Pour preuve, l’équipe académique de football participe au championnat Ligua Um, l’équivalent de notre Ligue 1 professionnelle – la radio est par ailleurs la seule à retransmettre les matchs de cette équipe. La qualité de ses programmes musicaux et d’information fait de la RUC un média reconnu. De nombreuses personnalités sont interviewées tous les jours : artistes internationaux, hommes politiques nationaux, responsables universitaires locaux…

Mais la radio est également un acteur important de la vie culturelle locale. Outre ses DJs qui interviennent dans nombre d’événements, elle coordinne chaque année des dizaines de concerts, dont la programmation de la scène qui porte son nom à Queima das Fitas. Retour sur cette expérience avec Mariana Roque.

Une programmation « différente ».

Qu’avez-vous pensé de Palco RUC cette année?
« On dirait que tout s’est sont mal passé jusqu’à ce que les choses arrivent enfin. On a eu beaucoup de difficultés pour programmer la scène. Il y a beaucoup de festivals aujourd’hui au Portugal, on a dû faire avec la disponibilité des groupes. Et faire attention à notre budget, donné par le comité de Queima das Fitas, pour les transports, l’hébergement et les cachets des artistes. On s’occupe juste de la programmation, pas de la location de la scène (…) mais cette année c’était très difficile. On a dû négocier avec les groupes, et certains ont annulé une ou deux semaines avant. »

« On s’est battus pour une bonne programmation, assez différentes de l’année dernière, qui était plus éléctronique. Et on a plutôt réussi. »

Vous avez quand même réussi à faire des « nuits à thème »?
« Oui, sur la même idée que l’année dernière. Le premier jour est toujours le « rock day », ensuite hip hop le samedi. Le dimanche, jour du « cortejo », il n’y a pas besoin d’un thème parce que les gens viennent surtout pour faire la fête. On doit aussi faire avec les autres espaces de la « Praça do Canção ». On essaie, pas d’être en compétition avec eux, mais d’être différents. Ca vient aussi de la musique aujourd’hui, pas seulement pop, rock ou électro, mais un mix de plusieurs choses. »

Comment faites-vous pour vous inclure à la programmation de Queima das Fitas en étant « différents »?
« C’est un sentiment partagé. Parfois ils sont un peu fous. Cette scène est juste un stress de plus pour eux, mais en fait cette année, on a eu beaucoup de chances, ils ont été très aidants. En fait, Radio Universidade de Coimbra à cette image de « nous sommes différents », mais le jour de Joker, des gens du comité sont venus et ont vraiment apprécié. »

Quel est le but pour la radio d’être présent?
« Palco RUC a commencé il ya longtemps, s’est arrêté pendant cinq ans pour reprendre en 2010. Ce n’est pas seulement pour projeter notre image, mais aussi une façon de montrer qu’on est pas juste un studio. On fait aussi la retransmission du festival en direct, mais c’est une façon de proposer quelque d’alternatif aux personnes qui ne se retrouvent pas dans Queima das Fitas. On donne aux gens qui ne viendrait pas pour la scène principale une raison de venir à Queima das Fitas. »

La radio émet en effet toute la semaine depuis le festival, depuis un studio mobile situé juste à côté de la grande scène. Outre une animation et une programmation musicale assurée par l’équipe de Programmation, se succèdent des flashs et interviews du service Information. Une façon de s’inclure dans l’événement sans être seulement « différent », mais de montrer l’implication auprès de la vie étudiante.

Sur scène comme dans la fosse, des retours.

Est-ce que vous êtes contents du public?
« Oui, vraiment, ça a marché. J’ai beaucoup travaillé, de 2 heures de l’après-midi à 6 heures du matin, mais j’ai toujours vu du monde. Des gens de Lisbonne et Porto sont venus, juste pour notre scène. Et c’est vraiment une bonne récompense. »

Un bon retour des artistes aussi?
« Oui, c’est une des premières fois qu’on a un retour des artistes. Ils ont beaucoup aimé, notre hospitalité surtout. Souvent on a une image des artistes, pas vraiment sympas en tant que personnes, mais cette fois ils étaient supers, certains sont restés jusqu’au bout pour faire la fête. »

Qu’est-ce que vous leur donnez comme argument pour venir à Palco RUC?
« En fait, le festival n’est pas commercial, c’est un festival étudiant, on ne gagne pas d’argent, l’idée est surtout d’organiser une grande fête. On dit aussi qu’on est une scène alternative, et on se réfère à nos anciennes programmations, qui pour moi sont superbes. J’irais à Lisbonne, Porto ou Guimarães pour voir ça. On a eu Scuba, le patron de Hotflush Recordings, on a eu Star Slinger, que personne ne connaissait et qui maintenant jouent à Sonar [ndr: festival de musiques électroniques à Barcelone]. »

Quel est votre prochain but? Proposer une scène sur le festival de rentrée (Festa das Latas)?
« Non, parce qu’il faut beaucoup de monde pour travailler sur la scène, et c’est difficile de faire la transmission en même temps.
Pour moi, c’était probablement ma dernière scène, c’était beaucoup de travail, et il faut donner une chance à d’autres d’apprendre, on est avant tout une école de radio, on doit enseigner tout ça. Et la scène est vraiment un bon moyen pour s’intégrer et apprendre. »

Une vision de l’art « différente »?

La radio est un terrain d’apprentissage dans divers domaine, du journalisme aux techniques de la scène. Ou le Video-Jamming par exemple. Dans la régie technique, Irina Sales Grade assure chaque soir une partie du spectacle: « cette année, je me suis aussi occupé de programmer les lumières pour chaque spectacle. C’est très difficile de travailler avec un autre technicien qui ne connait pas les vidéos« .

La vidéo, elle est tombée dedans il y a 7 ans. A l’époque « on avait un seul ordinateur, pas portable. Il y avait un seul rétroprojecteur pour l’université d’architecture [ndr: où elle étudiait], et on filmait parfois directement sur l’écran du téléviseur ». Depuis, les technologies ont bien évolé, notamment YouTube: « avant il fallait se procurer les dvds auprès de nos amis, les copier c’était difficile« . Avant la création, YouTube a ouvert un champ infini d’inspiration.

Pour les concerts de Palco RUC, elle a compilé et mis en boucle 100 GB de vidéos, chaque univers adapté aux groupes: « c’est un peu plus difficile pour moi de travailler sur du hip-hop (rires). J’essaie d’assurer une cohérence sur chaque nuit, et une cohérence sur l’ensemble des nuits« .

Un travail principalement basé sur le corps humain, quand les autres VJ compilent surtout des images abstraites, plus facile à travailler: « Je suis allé sur les autres scènes pour voir, ce n’est pas mon style c’est sûr, mais ils ne considèrent pas la vidéo de toutes façons. Les enceintes sont devant les écrans, les images se répètent énormément« .

Lors de réunions nationales entre VJs, les discussions tournent autour du mapping, technique consistant à adapter la vidéo à un support en 3D. Irina préfère pour le moment leur laisser les réflexions sur la forme et se concentrer sur le fond: « je pense prendre une nouvelle direction, aborder les choses différemment ces prochains mois. J’ai encore tant à explorer. »

A la vue des dernières jours de concerts, on a tendance à être d’accord avec Irina. Le glorieux DJ Steve Aoki est en très grande forme jeudi, surtout pour sauter en arythmie sans toucher à ses platines – qui pourtant semblent fonctionner. Le set vidéo est très pauvre, et non synchronisé sur la musique. Ce qui ne l’empêche d’être le héros d’une soirée sponsorisée par la radio nationale MegaHits. Et de rassembler le public le plus nombreux de la semaine – la place est pleine mais continue à se remplir.

« Il y a encore tant à explorer », ça pourrait être le prochain slogan de Radio Universidade de Coimbra, qui continue d’ouvrir ses oreilles aux expérimentations: en radio, en musique, en vidéo, en images (…)

Sans tomber dans l’opposition cliché mainstream/alternatif =mauvais goût/bon goût, est-ce l’argent – ou l’alcool – qui empêche d’être exigeant, ou est-ce juste un manque de curiosité? Nous avons chacun la réponse en nous, comme disait Socrates.

*Pour clarifier tout conflit d’intérêt, je signale ici avoir participé au travail de la radio il y a quelques mois. Cependant, comme je l’ai prévenu auparavant, en termes de culture, l’objectivité n’est pas de mise, et à un certain point, l’amour pour « l’Art » l’emporte.

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