Surfer sur la vague pop française de La Femme 1/3

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Cet article inaugure une nouvelle collaboration avec le blog Achille & Chuck, qui offrent un regard décalé et pertinent sur l’actualité politique, sociétale, sportive, médiatique… Et maintenant, sur la pop française. Share & Aime

PARTIE 1

Depuis la sortie du premier album de La Femme, de nombreux articles louent l’apparition d’une « nouvelle scène pop française ». Est-ce un exercice de storytelling médiatique ou une réalité artistique souterraine qui émerge?

Le disque, une industrie comme les autres ?

On voit fleurir ces dernières années des stratégies marketing de plus en plus alambiquées pour vendre la musique. A l’époque des monuments du rock, dans les années 70 particulièrement, les dépenses marketing à coups de millions se répendaient en ras de marées de posters et billboards, encarts dans les magazines et les tournées tournaient au grandiloquant.
Depuis la CRISE du disque, les labels et groupes ont rivalisé d’inventivité pour faire parler d’eux à moindres frais – de la guérilla SOCIALE sur les réseaux internet de Lady Gaga/Rihanna et consoeurs au buzz GEEK de Boards of Canada. Et évidemment, Daft Punk, dont la campagne est déjà classé dans les manuels d’histoire du marketing – si ce n’est déjà une science – entre les cas Starbucks et Tipp-Ex.

Le journalisme musical, un journalisme comme les autres ?

Mais il est une autre stratégie qui a souvent payée. Au bon vieux temps, les budgets permettaient d’inviter des centaines de journalistes en séminaire-interview-marathon dans les hôtels de luxe de villes prestigieuses. Peu de labels peuvent aujourd’hui s’offrir ce plaisir, et malgré une passion toujours présente, les journalistes musicaux à plein temps sont une espèce menacée. Les web-journalistes par contre – et j’en suis un – sont aussi nombreux que les artistes.
Vous avez donc certainement remarqué un tsunami d’articles digne de la presse people anglaise, déclenché par les bloggeurs, sites internet plus ou moins musicaux, ainsi que les quotidiens, hebdomadaires et mensuels papiers, plus ou moins culturels. Au sommet de la vague surfe l’article compilation d’artistes, spécial “SCENE”. Par exemple, pour citer cet exemple actuel, la “NOUVELLE SCENE POP FRANCAISE”.

Nouvelle scène, mode d’emploi.

Pour un bon article spécial “SCENE”, prenez un groupe qui marche fort, La Femme, et ajoutez entre trois et dix groupes qui rentrent plus ou moins dans la même case – Aline, Baden Baden, Granville, Mustang, Pendentif, et puis allez the Bewitched Hands, Concrete Knives et Revolver, peut-être même François & the Atlas Mountains pour les puristes.
Tirez-en quelques caractéristiques communes et traitez le en quatre paragraphes facilement lisibles sur smartphone dans le métro. Vous en ferez un bon article re-tweetable par les fans de chacun des groupes, les labels de cette “scène”, et surtout facilement google-isable grâce aux moultes noms-de-groupes-clés*.
Avec un peu de chance, vous inspirerez un colonniste du Monde pour qu’il valide cette mode d’une chronique distante et blasée mais dithyrambique.

Le complexe du cornflakes.

Cette histoire racontée par les médias suit une longue tradition de musique pop française, complexée par l’utilisation de sa langue maternelle.
Elle prend source chez les « grands » chanteurs de variété des années 50, puis les rockeurs des années 60, qui pillent sans complexe les standards américains, en les traduisant. Dans les années 70, des nombreux artistes parviennent à créer une musique à la hauteur de leurs confrères anglo-saxons, en français. Ce n’est qu’avec Serge Gainsbourg que la musique française parvient à influencer en retour la pop internationale. Cette scène perdure aujourd’hui et s’approprie les codes d’une certaine littérature française : haute vision du language – et de l’orchestration, un poète-chanteur mystérieux et/ou sombre, caché derrière une culture intellectuelle précise et peu commune. Ce qui donne régulièrement de bons albums, mais correspond peu avec la simplicité, l’accessibilité, l’authenticité de la musique pop.
Des nombreuses années passent avant qu’une scène française d’envergure internationale soit, enfin, et la French Touche devient une fierté nationale, aux côtés du pinard et du fromage. Suit une scène pop française chantant exclusivement en anglais – à côté d’une scène rock, nu-métal en français qui peine à convaincre – et les programmateurs radio s’arrachent les cheveux, soumis aux quotas du Général de Gaulle – un autre débat.

Artistes, public et institutions.

La « nouvelle scène pop française » serait-elle donc le salut de la musique en France, combinant la culture pop internationale et la beauté de la langue française, si, après avoir gagné le cerveau des musiciens et le portefeuille des institutions, elle gagnait le coeur du public?
Si la guerre des styles et sous-genres est à la musique ce que la défense d’une AOC est à l’ostréiculture, les groupes tirent-ils profit de cette marée médiatique?

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