Surfer sur la vague pop française 2/3

Seconde partie de la série parue sur feu-le blog Achille&Chuck.

Rencontre avec Stéphane Le Sciellour, manager de La Femme, pour obtenir des clés de réponse.

Stéphane a travaillé pour le label Pias, découvreur de nombreux talents français, avec qui il collabore
encore régulièrement. Il a longtemps programmé des groupes à la Flèche d’Or. C’est ainsi qu’il a
rencontré La Femme, sur un hasard d’annulation/reprogrammation.

La Femme, la pop française, ca veut dire quelque chose?

« Oui, parce qu’il y a un truc qui se dégage, avec La Femme, Lescop, Aline. Au départ, il n’y a pas vraiment de scène. Les groupes créent leur projet, et ne se connaissent pas entre eux. Mais il y a plein de mécanismes institutionnels en France : les SMAC, le FAIR. Les artistes se rencontrent et finissent par se côtoyer régulièrement, et la scène devient. »

« Il y a un dénominateur commun, c’est qu’ils chantent en français et sont fiers de chanter en français. Mais ils n’ont pas le même âge, pas toujours les mêmes influences. La Femme par exemple n’a jamais écouté Etienne Daho, alors que Lescop s’en réclame. »

Les membres de La Femme ont en effet tout juste 20 ans, alors qu’en moyenne, un jeune artiste/jeune talent en France a souvent autour de 27/28 ans, ou plus encore pour Aline. Peut-être seulement Granville ont le même âge.

Qu’est ce qui fait donc une scène?

« Avant, appartenir à une scène, c’était un état d’esprit, c’était s’habiller d’une certaine façon, se comporter d’une certaine façon, accepter des codes sociaux. Les scènes aujourd’hui sont beaucoup plus poreuses, mélangées, les publics cherchent plein de choses différentes. »

« Mais une scène, ca veut dire ce que ca veut dire, c’est une salle, avec une scène [ndr: il dessine une scène du doigt], qui fédère. il n’y a pas vraiment ca. La Femme a commencé à la Flèche d’Or, Lescop au Point Ephemère. »

« Ca ressemble plus à une fabrication narrative de la part des médias, parce que c’est plus simple à expliquer, plus lisible de rassembler les groupes au moment où ils sortent leurs labums. Les anglais font ça depuis 40 ans (ndr: LE spécialiste de la question, le NewsMusicalEexpress). »

Les groupes se ressemblent-ils musicalement?

« Le seul groupe dont La Femme est le plus proche musicalement, c’est Mustang. il y a une vraie communauté esthétique entre les deux, mais moins avec les autres groupes. Mais esthétiquement, le seul aspect commun, c’est qu’ils chantent en français. Associer La Femme à Concrete Knives ou Juveniles, à part le fait qu’ils ont commencé au même moment, c’est limite. »
Ce qui reviendrait à associer les groupes d’Angleterre qui chantent en anglais, viennent d’une ville de province, ou sont nés la même année.

Qu’est-ce que ce storytelling apporte pour les groupes français à l’étranger ?

« La French Touche a été le coming-out de cette volonté de se faire entendre à l’étranger. Il y a eu ensuite des vrais groupes de pop française, chantée en anglais, et aujourd’hui, on arrive à un moment où certains groupes peuvent se faire entendre à l’étranger par des publics bien particuliers. Quand la Femme joue en Allemagne, il y a un engouement immédiat, qu’il n’y avait pas avant. »

« Donc le storytelling peut fédérer, créer une petite énergie, mais c’est un peu à double tranchant, ça peut ne pas durer longtemps, ou réduire certains groupes à ce qu’ils ne sont pas vraiment. La Femme a de la chance parce que beaucoup de journalistes, mêmes certains articles écrits par des chroniqueurs peu pointus, ont assez bien compris le projet. »

« Ils n’ont pas envie d’être assimilé essentiellement à un groupe des années 80. Les référents à la fin de l’enregistrement, c’est pas les années 80, c’est le Velvet, les années 70. C’est un peu l’inconvénient, d’être réduit à un style musical, d’être pastillé. »

Quel est le risque pour eux s’ils sortent un disque complètement différent?

« Ils ont un gros répertoire, ils ont deja le deuxième et le troisième album en tête. Il y aura une forme d’unité sur les premiers albums. Marlon [ndr: le compositeur] aime bien les étiquettes, mais il ne sait pas encore laquelle correspond à La Femme. Ils ont un univers riche, très marqué, le Bahaus, la new wave, mais aussi les années 70, la surf music. Ce mélange pour le coup est assez inédit. »

Se passe-t-il quelque chose néanmoins qui justifie cet engouement?

« Au delà de cette histoire à raconter, je pense qu’il y a une vraie scène française, comme il n’y en a jamais eu, dans tous les genres possibles et imaginables, et qui parvient à aller un peu en dehors de nos frontières. Les groupes sont décomplexés. »

« Il y a plein plein de Je ne suis pas sur qu’il y a eu autant d’artiste intéressants en France, depuis les années
70, où les gens faisaient des choses extraordinaires dans la variété, ou ailleurs ; le premier album de jacques higelin par exemple est complètement barré et expérimental. Des gens comme katerine qui font des choses intéressantes en variété. »

« Par contre, je trouve qu’il manque une scène [ndr: au sens propre] à Paris, il n’y a pas d’endroit où les artistes puissent se retrouver, plus accessible pour eux, qui ne soit pas cher. Paris ne vit pas au rythme de cette créativité. Il n’y a pas vraiment de scène, contrairement aux SMAC en province, comme la Coopé[rative] à Clermond-Ferrand, ou la scène de Reims. Yuksek par exemple, vit toujours là-bas, il aide plein de jeunes projets, alors qu’il pourrait vivre à Los Angeles. »

« Donc à Paris, les gens contournent ça en ouvrant des squats, des endroits un peu affranchis, pour créer des choses ensemble. Mais ça n’a pas encore le pendant social que ça pourrait avoir. L’esprit est pas encore tout à fait là, il y beaucoup de compétition entre les groupes. »

Scène française ou pas scène française?

Pas question de dire « c’était mieux avant », ou « je préférais quand personne n’écoutait cette scène, c’est trop mainstream maintenant », comme il est d’usage chez les HIPSTERS.
La question se pose, puisque la tendance a été fortement critiquée quand la team Rock’n’Folk a lancé, soutenu la vague de ses dauphins babyrockers – au final, seuls les BB Brunes ont gardé la tête hors de l’eau.

Cela vaut-il le coup de créer une nouvelle scène et de ranger dans des cases chaque nouvel artiste? Tiens, Fauve, Rhume, aurait-on l’apparence d’une nouvelle scène INDIE FRENCH SPOKEN WORD?

Plusieurs – je n’ai pas écrit de nombreux – journalistes gardent les oreilles ouvertes. Les groupes n’attendent pas (tous) qu’une style émerge pour composer une musique surprenante, émouvante, bandante. Plutôt que de dire qu’une « nouvelle scène pop française » apparaît, on devrait plutôt dire que le public se réveille. Et les médias.

Pour vous récompenser de la lecture de cet article, écoutez donc la première version de La Femme, sortie chez Third Side Records, et si vous l’avez manquée, surfez sur la vague de cette musique surement rangeable entre d’autres groupes, d’autres époques, mais la seule à être ICI et MAINTENANT.

PS: Tiens, à propos, le label Italians Do It Better vient de sortir sa deuxième complilation « After Dark » avec Chromatics, Glass Candy, Desire, Appaloosa. Ces groupes ravivent la flamme du mouvement « italo disco » – Gorgio Moroder, vous connaissez. L’initiative ne vient pas d’Italie, mais des Etats-Unis. A quand une scène French Pop au Royaume-Uni?
* Inévitablement, cet article en use.

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