Un mensonge de plus

Après plusieurs années d’existence – depuis AMTAF’, solo guitare-voix – et des dizaines de concerts dans des bars parisiens, lillois et malouins, Un Mensonge de Plus sort son premier Disque Court, financé grâce à une campagne réussie de financement participatif. Chronique par un ami et fan de longue date.

Héritier des chanteurs contestataires, Benjamin admire autant Bob Dylan, incontournable folkeux pour qui aime les paroles bien construites, que Damien Saez, dont il suit la discographie avec une attention méticuleuse.

Après quelques tentatives en anglais, il se tourne entièrement vers le français, la langue des groupes de son adolescence arrageoise: Karpatt, Les Hurlements de Léo et les classiques Rue Kétanou, Tryo, Ogre de Barback, Cowboys Fringuants… hautement influents dans leur façon de créer des mélodies et textes accrocheurs. Et s’empresse de suivre ce conseil donné au Bob Dylan enfant dans le film de Todd Haynes « I’m not there »: « écris sur ton époque, gamin! ».

Il s’entoure ensuite de Lye, un ami, Dinesh, un collègue et Hélène, une petite annonce, pour apporter volume et consistance aux performances scéniques, souvent entièrement acoustiques. En une année, ils rodent une vingtaine de compositions, qu’ils présentent au public sous forme d’une histoire ré-inventée pour chaque contexte de concert: bar, plage ou forêt. Chaque texte prend un sens différent dans ces récits de voyageur, pirate ou conteur, tandis que les arrangements s’adaptent aux rôles des acteurs-musiciens.

En janvier 2015, ils sont enfin prêts à entrer en studio, avec l’aide de Maxime Kosinetz et Léonard Desarthe, pour enregistrer cinq titres, sortis un dimanche d’avril.

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« La solitude » est un des titres les plus anciens, où la formule du mensonge se révèle progressivement. Batterie et basse soutiennent la balade, le violon danse en entrechats avec la voix, pendant qu’une guitare classique étrenne des accords folk. Un solo de violon vient apporter une mélodie qui ne manque pas d’être reprise par le public en concert, une voix filtrée rappelle la Mano Negra ou Louise Attaque de la grande époque, avant un final en « la la la ».

« Les Vieux » entre ensuite dans le vif du sujet, avec un texte plus évident et tout autant cynique. Sur des accords flamenco, un clavier adoucit ça et là le message et la voix, qui se fait plus cinglante. Comme une réponse à la chanson des Enfoirés, les voix se moquent en chœur « des vieux ».

écouter « Les Vieux« 

Suit « Le Sang des Communards », qui aborde un des épisodes méconnus de notre histoire. Le chanteur semble le prendre comme une honte nationale personnelle, et rétablit le prestige des morts de cette guerre civile, comme le ferait un président de la République en discours d’hommage devant le mur des fusillés au Père Lachaise, pour le centenaire de ce tragique événement. Sous couvert d’une gigue endiablée, la chanson taille dans le vif la foi politique avec une verve révolutionnaire.

« Monsieur (loin d’Arras) » est certainement la chanson la plus personnelle du disque – du moins en apparence. Sous prétexte d’une balade dans la ville de son adolescence, on parcours les souvenirs du chanteur à époque révolue, depuis laquelle tout a changé, même le regard des habitants sur cet ado qui valdinguait une bière à la main, de nuit, errant sans but dans une petite ville de province.

Enfin, après ces regards sur le présent et le passé, « Saint Malo » apparaît comme une ouverture au futur. Sur fond de violoncelle, un chœur de pirates promet ad libitum de beaux jours au voyageur qui osera prendre l’océan, « le couteau entre les dents ». Le disque termine sur le fil d’une mélodie de violon entraînante, et enfin, après la digestion des problèmes de la société, on « retrouve nos idéaux ».

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En bonus, est offert à certains donateurs du BisouBisouBanqueBanque, un CD pirate comprenant de nombreux inédits enregistrés à la maison, versions live… Et c’est là un beau cadeau, qui triple le nombre de titres à écouter! Pas moins de dix chansons, des premières compositions aux derniers textes, en passant par des relectures en concert des tubes, comme « Les Vieux » ou « La Solitude », propices aux « lalala » du public et aux digressions mélodiques du violon d’Hélène ou du yukulélé de Lye.

« Les idées noires » ou « Pffff » sont dans la veine des « Vieux » et de « La solitude ». Elles questionnent une fois de plus la politique et la société; les promesses de futur qu’elles apportent  aux électeurs.

Ces versions mettent surtout en lumière le timbre et la diction de voix du chanteur, si particulières, et référentes à un certain type de chanson. Le chanteur emprunte, toutes proportions gardées, à Brel, Ferré et aux grands chanteurs français; ou à Florent Vintrignier, Gaëtan Roussel et confrères.

Mention spéciale pour ce court morceau acoustique voix-accordéon, qui laisse la voix libre de toute contrainte et touche directement au cœur, au long d’une balade dans les gares parisiennes.

On attend donc la suite avec impatience et nostalgie, en mémoire de nos jeunes années à chanter au son des guitares dans les parcs; de nos engagements politiques qu’on devrait tenir; et de notre envie de célébrer la vie, tout simplement.

Mais, ne vous emballez pas, tout ceci n’est … qu’un mensonge de plus.

NB: pour ceux qui ne peuvent attendre, des textes sont publiés régulièrement sur le site du groupe: www.unmensongedeplus.com/blog

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